C’est votre histoire…

C’est l’histoire de Thierry et Iron

Thierry me contacte car il vient d’adopter un chien de 9 mois et souhaite avoir des conseils pour que cette adoption se passe bien. Je lui ai demandé la race et il m’a répondu de façon évasive que c’est un croisé.

Lorsque je sonne à l’interphone, c’est une jeune femme qui m’ouvre. Je remarque qu’elle est enceinte de 5 mois environ.

A peine rentrée dans l’appartement, je ne peux même pas dire bonjour à Thierry qu’Iron me saute dessus et s’agrippe à ma jambe. Le mâle dans sa toute-puissance. J’ordonne à Thierry de l’attacher.

Je me remets de mes émotions. Je reste silencieuse pendant quelques secondes. J’avoue que j’essaye de reprendre mes esprits et garder mon calme.

Thierry tient fermement Iron en laisse qui se met à aboyer.

J’ai en face de moi un magnifique Amstaff et pas du tout un croisé. Il n’est pas méchant mais brutal. 

« Vous avez ses papiers ? »

« Non » me répond Thierry. « Je l’ai récupéré la semaine dernière par l’intermédiaire d’une connaissance. Il vivait en appartement. Manifestement, il n’a pas été maltraité. »

« Vous avez consulté un vétérinaire pour savoir s’il est catégorisé ? »

« Non »

« Est-il castré ? »

« Non »

Je ressens une nonchalance chez Thierry. Je n’arrive pas encore à saisir s’il se fiche de moi ou s’il est complètement inconscient. Alors mes propos fusent :

« Votre chien, c’est un Amstaff et vu son gabarit, il est catégorisé. Il n’a sûrement pas 9 mois mais bien 2 ans. Vous devez avoir un permis de détention. Il doit être impérativement castré et porté une muselière. De plus, je ne peux pas intervenir sur les chiens catégorisés. Mon assurance ne me couvre pas pour ces chiens. »

Thierry soupire mais n’exprime aucune émotion. La jeune femme se met à manger des bonbons et ne s’intéresse pas du tout à mes propos, encore moins au chien. J’ai franchement envie de les secouer. Ils ne semblent pas prendre conscience de la situation.

Je m’adresse à la future maman « Il est pour quand ce bébé ? »

« 6 semaines »

J’aurai parié qu’elle n’était enceinte que de 5 mois.

« Mais on ne vit pas ensemble, je vis encore chez ma mère. D’ailleurs, je n’avais pas vu Iron jusqu’à aujourd’hui. »

J’interroge du regard Thierry « Que souhaitez-vous ? »

Thierry ne me répond pas. 

J’explique que comme toute race, ce chien peut être formidable à condition que l’on s’investisse dans son éducation. C’est aussi un grand sportif débordant d’énergie et a besoin d’être dépensé tous les jours. Je leur pose un ultimatum : il fallait impérativement récupérer ses papiers, avoir un permis de détention, faire une visite chez un vétérinaire et qu’il porte une muselière à chaque sortie. Je les invite à consulter le Club de Race qui pourra peut-être les accompagner dans son éducation.

Le rendez-vous aura duré moins de 30 minutes. Je demande à Thierry de me régler la consultation. C’était pour ma part impératif. Il devait absolument prendre ses responsabilités dans ses choix, notamment de m’avoir contactée et de ne pas m’avoir dit que c’était un Amstaff.

Je l’ai rappelé une semaine après pour m’assurer qu’il avait bien respecté toutes mes consignes. Il m’a répondu que tout allait bien. Je ne l’ai pas cru.

Animalement vôtre,

Karine Marcopoulos

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C’est l’histoire de Stéphanie, Mélissa et Sibel

« Rien ne va plus avec Sibel ! »

Mélissa, la vingtaine environ m’accueille avec sa maman et la jolie Border de 9 mois, Sibel.

Sibel est infernale, saute tellement haut qu’elle arrive même à vous faire un smack sur la bouche, monte sur le canapé, une vraie pile électrique … « Elle est très gentille mais épuisante » me confie Stéphanie.

« Elle a toujours été dynamique mais alors là, on n’arrive plus à la fatiguer. Elle est pourtant suffisamment promenée. »

« C’est-à-dire ? » Je leur demande.

« 4 fois par jour, minimum »

« Combien de temps dure les sorties ? »

« 30 minutes environ. On fait le tour du quartier. Il n’y a pas beaucoup de parcs autour. »

Déjà deux hypothèses qui expliqueraient cette excitation : crise d’adolescence puisqu’elle vient d’avoir 9 mois + balade en laisse donc jamais lâchée.

Je continue mon questionnement. En même temps, une photo en noir et blanc m’intrigue dans l’immense bibliothèque : Mélissa avec un joli chat. Elle est un peu plus jeune d’un an ou deux sur cette photo.

« Pourquoi vous avez choisi d’adopter un chien et en particulier un Border ? »

« J’ai toujours voulu un chien et j’aime beaucoup cette race. » me répond Mélissa.

« C’est votre premier animal ? » je demande

La mère et la fille se regardent. Silence. 

Au bout de quelques secondes, Mélissa me répond qu’elles ont déjà eu un chat mais qu’il est décédé accidentellement.

« Que s’est-il passé ? »

Re-regard entre la mère et la fille.

Stéphanie prend sa respiration, essaye de parler mais les mots ne sortent pas. Mélissa a l’intelligence de se taire.

« Stéphanie, nous allons prendre tout le temps nécessaire mais c’est important que vous décriviez ce qui s’est passé. » je lui demande.

Les larmes montent et dans un soupir, Stéphanie s’adresse à sa fille :

« C’était en plus ton chat. Tu l’aimais tellement ! »

Alors Stéphanie m’explique qu’elle dort dans le salon préférant laisser l’unique chambre à sa fille. Dans l’immense bibliothèque se cache un lit double. Il suffit de tirer sur les poignées et vous avez un lit deux places dans la pièce. Un matin, Stéphanie a refermé le lit et elle n’avait pas vu que le chat était à l’intérieur. Il n’a pas survécu.

Mélissa se tourne vers sa mère : « Tu sais maman, cela fait longtemps que je t’ai pardonnée. C’était un accident. »

Mélissa regarde sa fille presque soulagée. 

Entre-temps, Sibel s’est enfin couchée et dort profondément. 

« Et vous, Stéphanie, est-ce que vous vous êtes pardonnée ? » je lui demande.

Je vois un sursaut dans ses yeux. Les anges passent …

Elles n’ont jamais osé en parler entre elles. Le sujet était tabou. Elles craignaient chacune, faire du mal à l’autre en évoquant ce terrible accident. Mon rôle en tant que comportementaliste était justement de crever l’abcès, de mettre des mots sur les maux. J’ai tout de suite ressenti un apaisement, une certaine sérennité entre elles. Cela était d’autant plus contagieux puisque Sibel s’est même mise à ronfler !

Je leur fais remarquer. Elles sourient à nouveau et en même temps, je les sens soulagées d’avoir pu enfin se confier l’une à l’autre.

Alors, vous me direz quel rapport avec Sibel ? L’agitation de Sibel peut-être aussi une conséquence de ce non-dit. Une manière de prendre beaucoup de place pour attirer l’attention et être le sujet principal de discussion. N’oubliez pas que nos animaux de compagnie sont des véritables buvards émotionnels, les porte-parole de nos maux.

Il est primordial de prendre en compte les différents déclencheurs qui provoquent cette excitation chez Sibel : son âge, un chien qui n’est pas suffisamment dépensé physiquement et intellectuellement et puis, prendre la place de ce chat brutalement disparu.

Stéphanie m’a accompagnée jusqu’à la porte pour me dire aurevoir et m’a lâchée un grand merci. Je l’ai remerciée à mon tour pour sa confiance et j’étais heureuse de la sentir libérée. C’est dans ces moments entre autres que j’adore mon métier, que je me sens utile. 

Je leur ai prodiguées plusieurs conseils, notamment de faire de l’agility avec Sibel. 

« Quand on rentre de nos séances, elle dort au moins 2 heures ! » me dit Mélissa aux dernières nouvelles.

Animalement vôtre,

Karine Marcopoulos

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C’est l’histoire de Jérôme, Mélanie, Youki et Youko…

« Mes chiens ont mis le feu à la maison ! »

Avec mon métier de comportementaliste, j’en apprends tous les jours mais je ne savais pas qu’un chien pouvait être pyromane !

C’est donc un peu en urgence que je me rends chez Jérôme et Mélanie, un jeune couple d’une trentaine d’années.

Leur appartement est ravagé, un véritable carnage ! Le canapé est grignoté à chaque coin, les plaintes sont rongées, même les interrupteurs muraux sont attaqués. Il n’y a plus un coussin, plus un bibelot.

Jérôme me montre la gazinière électrique, un des chiens pendant leur absence avait tourné le bouton et allumé la plaque. Se trouvait dessus un plateau qui avait commencé à fondre. Fort heureusement, les voisins ont senti une odeur suspecte et vu de la fumée et comme ils avaient les clés, ils ont pu intervenir suffisamment tôt avant le désastre.

Youki et Youko sont deux Staffies de 3 ans environ. Ils se ressemblent comme deux gouttes d’eau, impossible de distinguer qui est Youki et Youko. C’est le frère et la sœur venant d’une portée de la chienne de la maman de Jérôme. Manifestement, tout a bien commencé pour eux jusqu’à leurs deux mois.

Youki et Youko ne tiennent pas en place. J’ai l’impression d’avoir deux Speedy Gonzales autour de moi. Ils sont très affectueux, un peu trop même. Ils n’arrêtent pas de monter sur le canapé, sur la table du salon, vous sollicitent de caresses toutes les deux secondes…Bref des vrais harceleurs !

Alors que leurs deux chiens sont dans une excitation extrême, Jérôme et Mélanie ne réagissent pas. Bien au contraire, ils semblent subir la situation.

J’essaye tant bien que mal de m’asseoir sur le canapé. Un des chiens ne me demandait pas si c’est Youki ou Youko saute sur le dossier derrière ma tête. Je me lève à nouveau tout en faisant des gestes les plus calmes possibles pour apaiser les chiens. J’observe, aucune réaction de la part de Jérôme et Mélanie. 

« Ils ont toujours été comme cela ? »

« Oui » me répond Jérôme « mais là on ne sait plus quoi faire. Cela fait longtemps qu’on a abandonné l’idée d’avoir un bel appartement mais de là à mettre le feu… »

« Quelle est votre relation avec les chiens ? » je demande.

« Ce sont mes bébés ! » me revendique Mélanie.

Mélanie m’exprime son désir d’avoir des enfants mais Jérôme, il n’en veut pas. « Pas tout de suite » me dit-il. Alors Mélanie compense avec ses deux chiens son désir ardent de dorloter. En effet, ils ont droit de tout faire, monter sur le canapé, sur le lit « Vous comprenez, j’adore faire un gros câlin avec eux à mon réveil ! »

Mais est-ce le seul déclencheur de cette excitation chez les chiens ?

J’interroge sur les sorties et comme je m’y attendais, Youki et Youko ne sont pas suffisamment promenés. Le tour du quartier de dix minutes quatre fois par jour, toujours tenus en laisse, c’est tout. J’appelle cela des sorties hygiéniques mais pas la balade où les chiens peuvent se dépenser. Le Staffie est réputé pour être un chien actif qui a besoin de longues promenades.

Je continue mon questionnement parce que je sens bien qu’il me manque encore des éléments.

« Quelle est votre activité préférée ? »

Jérôme et Mélanie se regardent, très étonnés que je pose ce genre de questions.

« Oh, nous ce qu’on aime particulièrement, c’est regarder des séries à la télé »

Se trouvait en effet un énorme écran plat dans le salon qui avait survécu à la tempête miraculeusement, allumé, sans le son.

« Vous faites quoi comme métier ? »

Jérôme et Mélanie se regardent à nouveau, pourquoi toutes ces questions ? Je suis là pour leurs chiens pas pour eux !

Ils prennent quand même le temps tous les deux de m’expliquer qu’ils n’ont pas choisi leur métier n’ayant pas fait beaucoup d’études. Ils ont pris ce qu’ils avaient trouvé. Non, cela se passe bien mais ce n’est pas l’éclate, quoi…

« Et cela serait quoi le top du top ? »

Le couple se regarde à nouveau, soupire… Ben, ils ne savent pas trop.

Pas de désir, pas de projet, c’est bien connu. Mais comment le faire comprendre à ce couple pourtant encore si jeune ? J’ai joué sur la carte affective avec leurs chiens, faire passer des prises de conscience grâce à eux.

J’essaye de leur faire comprendre que les chiens ont besoin d’un cadre qui ne peut que les sécuriser. Jérôme et Mélanie doivent impérativement reprendre le contrôle et non subir. 

Je leur ai proposé également d’investir dans différents jeux pour fatiguer intellectuellement leurs chiens. Mes hypothèses étaient qu’ils ne souffraient pas d’anxiété de séparation mais d’ennui, entre autres.

Je les ai revus une dizaine de jours après. Jérôme et Mélanie semblaient plus dynamiques. J’ai enfin pu m’assoir sur le canapé sans avoir un chien au-dessus de ma tête.  Youki et Youko continuaient à faire des bêtises, mais moins. Ils avaient investi dans une barrière pour mettre en sécurité les deux chiens et leur empêcher d’accéder à la cuisine. Surtout, ils avaient découvert un nouveau chemin juste à côté de chez eux où ils pouvaient lâcher les chiens.  Tous les soirs, ils prenaient donc le temps de marcher, de parler, de partager des moments de complicité avec leurs chiens … Et prendre l’air, cela fait du bien à tout le monde !

Animalement vôtre,

Karine Marcopoulos

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C’est l’histoire de Chantal et Uby

Chantal me contacte parce que son chat, un magnifique rouquin de 7 ans, Uby, a des comportements agressifs depuis quelques temps.

Il se montre de plus en plus distant et lorsqu’elle le prend dans les bras, il peut se mettre à cracher.

J’arrive chez Chantal dans une belle maison où l’on se croirait à Santa Barbara : des maisons espacées, sans clôture… Chantal m’ouvre la porte, elle est aussi charmante que sa maison. Elle a une cinquantaine d’années environ.

Uby vient vers moi, me renifle un peu et puis s’en va. Il va se coucher près de la fenêtre et se prélasse au soleil. Aucune attitude agressive de sa part.

« Depuis combien de temps, il a ces comportements agressifs ? »

« Depuis 3 à 4 mois, je dirai » me répond Chantal

« S’est-il passé quelque chose de particulier ? »

Vis-à-vis d’Uby, Chantal me dit que non. 

« Y-a-t-il eu un événement particulier ? »

« Oui, en effet. Nous avons perdu notre Berger Suisse de 11 ans »

Chantal m’explique que ce chien n’a jamais été en bonne santé. Elle a été sa véritable infirmière pendant toute sa vie.

« Quel métier faites-vous ? »

« Je suis infirmière libérale ».

Mais depuis quelques années, à la suite d’un accident, elle ne travaille plus qu’à tiers temps. Elle a pu du coup prendre soin d’elle et soigner à plein temps son chien. Le vétérinaire a même été étonné qu’il vive aussi longtemps vu ses problèmes de santé.

Elle a accepté son décès même si c’est encore assez récent.

Depuis quelque temps, Uby commence à avoir des problèmes de reins. Il doit absolument boire une certaine quantité d’eau par jour. Et bien sûr, c’est compliqué de faire boire un chat. Elle essaye de le solliciter en permanence.

N’ayant plus son berger, elle est devenue l’infirmière de son chat. Mais il en ras le bol que l’on soit sur son dos constamment !

Chantal sourit et en convient. 

Au même moment, son mari rentre dans la pièce. Il m’explique que le chat n’est absolument pas agressif avec lui. Il convient qu’il n’est pas très « chat » et qu’il ne cherche pas vraiment le contact. N’étant pas intrusif, le chat n’est pas agressif avec lui. Il ajoute qu’il est très content d’avoir retrouvé sa femme qui n’est plus aux petits soins avec son chien. Ils vont pouvoir en profiter pour prendre des moments à eux sans se préoccuper de faire garder le chien. Plus il essaye d’argumenter, plus je ressens chez Chantal un désaccord.

« J’ai toujours vécu avec des chiens et des chats, vous comprenez. Je ne me vois pas vivre sans » ajoute Chantal.

Son mari continue à lister tous les inconvénients d’avoir un chien…

Chantal le laisse parler. Cela dit Chantal et son mari forme un joli couple et j’ajoute « Vous avez de la chance, votre mari exprime encore le souhait de vouloir continuer à partager de beaux moments avec vous ».

Chantal doit donc moins solliciter son chat pour que son agressivité diminue.

Elle me contacte dix jours après. « Tout va bien depuis que je lui ai lâché la grappe ! » s’exclame-t-elle. Et puis, elle ajoute qu’ils ont adopté un Berger Australien et qu’il est en pleine forme.

« Oh, mon mari, il en est complètement gaga ! Il devait partir en déplacement pendant trois jours et je l’ai entendu lui dire qu’il allait lui manquer ! »

Animalement vôtre,

Karine Marcopoulos

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C’est l’histoire de Jeanne et Uno…

Jeanne me contacte parce que son Jack Russel de 9 mois n’est toujours pas propre la nuit.

Dès que j’appuis sur l’interphone, j’entends les aboiements d’Uno. La porte s’ouvre et je me dirige vers l’appartement de Jeanne. Celle-ci tient Uno dans les bras pour l’empêcher d’aller dans le couloir. Il est tout excité de me voir arriver. Jeanne doit avoir dans les 75 ans environ. Elle a des yeux d’un bleu perçant, a du mal à garder Uno dans ses bras, me sourit un peu gênée par l’excitation de son chien. Une fois posé par terre, celui-ci me fait la fête et monte sur un des canapés. Jeanne ne lui dit rien. Elle semble assez frêle, parle d’une voix très discrète par rapport aux aboiements d’Uno.

Uno vient d’un élevage, est resté jusqu’à ses deux mois auprès de sa mère et ses frères et sœurs. Il s’est très bien adapté à la vie parisienne et à Jeanne mais il fait toujours pipi la nuit !

Je demande à Jeanne pourquoi elle a choisi d’adopter un chien. Elle m’explique qu’elle a déjà eu un Fox Terrier qui est décédé 3 ans auparavant à l’âge de 17 ans. 

« C’est mon fils qui a insisté pour que je reprenne un chien, il ne voulait pas que je sois seule dans l’appartement. »

« Et pourquoi un Jack Russel ? »

« Parce que c’est petit et je peux l’amener partout ».

Uno se calme enfin sur les genoux de sa maîtresse. Elle me dit qu’il est très mignon, qu’il la fait rire, mais qu’il n’en fait qu’à sa tête … En promenade, il ne revient au rappel que lorsqu’il a décidé et surtout lorsqu’elle l’enferme dans la cuisine la nuit, elle retrouve à chaque fois un pipi le matin.

« Vous comprenez, je ne veux pas qu’il dorme avec moi ».

« Je comprends très bien et vous avez raison de le faire dormir à l’extérieur de votre chambre ».

J’interroge sur le nombre de promenades. 

« Je le promène une heure le matin, le midi, à 18h00 quand je rentre de la maison de retraite et à 8h45, le soir ».

Uno descend du canapé et se met à fouiller dans la poche de mon manteau. En l’espace de deux secondes, il a attrapé un de mes gants. Fidèle à sa race, il est rapide le Uno !

« Oh ! Il choppe tout ! s’écrie Jeanne.

Uno redevient une véritable tornade. Il aimerait tellement que je lui courre après pour récupérer mon gant. Je prends un de ses jouets et essaye de faire du troc avec lui. Je récupère mon gant et Uno se met à jouer avec sa balle…

Jeanne est dépassée par son chien. Certes le Jack Russel est de petite taille mais c’est un chien vif qui demande à être fatigué physiquement et intellectuellement. 

« Vous allez tous les jours à la maison de retraite ? »

« Oui », me souffle Jeanne, prise par une vague d’émotions.

« Oh ! Je ne voulais pas pleurer ! » s’exclame-t-elle.

Je l’invite à me parler. Son mari a la maladie d’Alzheimer. Son état s’est détérioré brutalement en même pas 18 mois. Elle a été contrainte de le placer en EHPAD, il avait essayé de l’étrangler alors qu’elle dormait à côté de lui. C’était un homme brillant, un grand Professeur. 

« De le voir comme cela, c’est insupportable ! Je voudrais qu’il parte vite, qu’il arrête de souffrir… Il ne me parle plus mais je vois bien dans ses yeux qu’il est malheureux. »

Impuissante face à la maladie de son époux, Jeanne n’a plus de force pour canaliser son chien. Par son trop plein d’énergie, il cherche à la faire réagir, à sortir de sa torpeur mais Jeanne est fatiguée, lasse. Elle est aux aguets, a toujours son téléphone dans les mains, prête à répondre si la maison de retraite la contacte. Elle ne vit que dans l’attente. Et Uno essaye de faire diversion, un peu comme les enfants qui font des bêtises pour attirer l’attention de leurs parents.

Nous avons mis en place des séances de rééducation. C’étaient plus des balades qui permettaient à Jeanne de se vider la tête et de passer des moments lucratifs avec Uno. Il a d’ailleurs bien progressé, au fur et à mesure de ces échanges, il était moins dans sa bulle et plus en connexion avec elle.

Son mari est décédé. Je l’ai encore accompagnée quelques semaines. Et puis, un jour, Jeanne m’a dit qu’elle n’avait plus besoin de moi. Elle s’était enfin libérée de toutes ses charges affectives, avait appris à gérer son chien que cela soit à la maison et à l’extérieur. Il y avait encore quelques accidents la nuit mais Jeanne convenait qu’il manquait une dernière sortie. Au-delà d’une certaine heure, elle craignait de se retrouver seule dans la rue.

J’avais accompli ma mission. Une belle relation était née entre Jeanne et Uno.

Animalement vôtre,

Karine Marcopoulos

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Sommes-nous coercitifs avec nos animaux ?

De temps en temps, je suis interpellée par des consœurs en majorité des femmes, qui me demandent : « Pratiquez-vous la méthode coercitive ? »

« Quesaco ? C’est quoi ? »

Lorsque je regarde la définition du mot « coercition » dans le dictionnaire : « La coercition est l’action de contraindre quelqu’un, pour le forcer à agir ou à s’en abstenir. Elle existe notamment par contrainte physique ou psychologique. »

Alors oui, j’utilise la méthode coercitive : N’ai-je pas contraint mes animaux à vivre avec moi ? Le choix de prendre un deuxième chien, ai-je demandé à Hakuna si elle était d’accord ? Ne les soumets-je pas à tel régime alimentaire ? N’est-ce pas moi qui décide quand mes chiennes mangent ? N’est-ce pas moi qui décide quand je les promène, le temps de la promenade ? N’est-ce pas moi qui décide si elles peuvent jouer avec tel ou tel chien et le temps de leurs interactions ? Et lorsque je les toilette, est-ce que je leur demande si elles sont d’accord ? idem quand je pars travailler … Leur mettre un collier, une laisse, n’en parlons pas. Et puis, il m’arrive parfois de leur dire non ! 

A partir du moment où nous décidons d’adopter un animal, nous le soumettons à notre manière de vivre. 

Donc oui, nous sommes tous coercitifs. Tout dépend où nous mettons le curseur. Nous devons respecter notre animal comme il doit nous respecter. Nous devons nous adapter en fonction de la personnalité du chien, du chat, de sa taille et de son âge. 

Le curseur ne va pas être le même si je suis en face d’un Chiwawa ou d’un Terre Neuve de plus de 50 kilos. 

Oui, je préconise d’utiliser un licol et une muselière lorsque le chien est réactif. Pour la sécurité de tous. Je suis intervenue, il n’y a pas longtemps sur un Malinois qui agressait tout ce qui passait devant lui : enfant, adulte, congénère… Oui, j’ai exigé que ce chien porte une muselière. Oui, j’ai demandé qu’il soit dans une autre pièce pour faire le bilan comportemental. Ses propriétaires m’ont avoué que j’étais la seule comportementaliste à vouloir les accompagner. Les autres professionnels ont tous décliné, n’intervenant pas sur ces chiens. Ben non, la méthode « bisounours », elle ne fonctionne pas sur ce genre de cas ! 

Ce pauvre chien n’était sorti qu’un quart d’heure le matin très tôt et idem le soir très tard. Un vrai lion en cage. Ses propriétaires avaient peur de le sortir. Il fallait avant tout les remettre en confiance. Et cette confiance ne pouvait être acquise que s’ils se sentaient en sécurité, s’ils maîtrisaient leur chien. Alors oui, j’ai préconisé la méthode coercitive : remettre le chien à sa place, oui j’ai demandé qu’ils réinstaurent un cadre à la maison, que cela ne soit plus le chien qui les domine mais l’inverse. Mais au fond sommes-nous vraiment coercitifs avec ce chien ? 

C’est juste une question de choix : quelle solution à mettre en place pour réinsérer ce chien dans la vie urbaine ? Le laisser enfermer, n’est-ce pas une prison ? Ou tenter de le réadapter à condition que personne ne soit mordu au passage ?

Et au deuxième rendez-vous, j’ai découvert un autre chien ! Il était apaisé parce que ses maîtres respectaient ses besoins fondamentaux : balade d’une heure minimum par jour, jeux intellectuels, et surtout un cadre qui avait été réinstauré et qui le rassurait. Il faudra encore quelques séances pour le désensibiliser et restera sûrement un chien plutôt sensible mais quel plaisir de le voir à nouveau bien dans ses patounes et de constater que ses maîtres reprenaient confiance. 

Animalement vôtre,

Karine Marcopoulos

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C’est l’histoire de Nicolas, Sophie et Milka…

Nicolas me contacte car leur Akita, Milka est craintif envers les humains. Il a un peu moins de deux ans.

Nous savons que les Akita sont en général méfiants envers les étrangers mais Milka est particulièrement peureux. 

Je suis accueillie par Nicolas et Sophie, un couple d’une trentaine d’années. Milka est couché à l’opposé de la pièce, me regarde en biais. Il ne manifeste pas d’agressivité mais je sens qu’il n’a pas du tout envie que je l’approche. Comme à chaque fois, je l’ignore pour être le moins intrusive possible.

Nicolas s’assoit à côté de moi, Sophie elle loin de moi, à la table du salon. Je suis obligée de me tourner pour la regarder. Elle a la capuche de son Sweat-shirt sur la tête. 

Premiers signes que je détecte : la position de chacun. Vous ne le savez sûrement pas mais votre langage corporel m’apporte beaucoup d’indices. Je suis toujours en mode observation et commence en même temps, mon questionnement.

Pas grand-chose à signaler sur l’histoire de Milka. Nicolas m’explique qu’il vient d’un élevage situé en pleine campagne, n’a peut-être pas été suffisamment sociabilisé avec l’humain. C’est en plus un Akita. Nous pourrions donc se satisfaire de ces informations pour comprendre pourquoi Milka fait un grand détour quand il rencontre des personnes. Travailler sur le seuil de sensibilité de Milka serait donc la solution.  

Mais quelque chose m’interpelle. Une impression qu’il me manque des éléments pour faire mon diagnostic. Comme si je butais, je n’ai pas toutes les informations pour comprendre la situation. 

Je me tourne vers Sophie et du coup, tourne le dos à Nicolas. Sophie semble même surprise que je m’intéresse à elle. Elle est silencieuse depuis le début de l’entretien mais à l’écoute quand même. 

Je lui demande : « Et vous Sophie, pourquoi avoir choisi cette race ? »

« Parce que j’aime bien ces chiens qui sont indépendants … Je trouve également qu’ils ont de la classe et une certaine arrogance qui me plait bien »

« Ce n’est donc pas par hasard si vous avez choisi un Akita ? »

« Non, en effet. »

« Vous pouvez m’expliquer ? »

Et Sophie se met à parler. Elle aime beaucoup marcher et se promener avec son chien, le laisse jouer avec ses congénères mais reste toujours en retrait vis-à-vis des propriétaires. « Vous comprenez, me dit-elle, je n’aime pas les gens. » Elle a d’ailleurs choisi un métier qu’elle peut exercer en télétravail. Non, elle n’a jamais été agressée. Les personnes inconnues ne l’intéressent pas, point. Seules les membres de sa famille et Nicolas font partis de son cercle fermé. Elle connait d’ailleurs Nicolas depuis le collège. 

J’apprends donc que Nicolas et Sophie sont plutôt solitaires et fréquentent peu de personnes. « Le minimum syndical », me répond Sophie. Je me tourne vers Nicolas qui semble d’accord avec ce que dit Sophie. Cela leur convient à tous les deux. Ils aiment faire des longues balades avec leur chien, plus particulièrement lorsqu’ils sont seuls. Mais ils vivent en banlieue parisienne et pas en pleine pampa. Milka peut se désociabiliser encore plus et développer de nouveaux comportements comme l’agressivité envers les humains. Plusieurs déclencheurs sont donc à l’origine de cette réserve que manifeste Milka envers les humains. 

Tout l’enjeu est de faire comprendre à Sophie que si son propre comportement change, celui de Milka changera également. 

A Sophie de travailler sur elle-même pour accueillir les personnes qu’elles rencontrent dans la rue sans un sentiment de rejet. Nous avons donc mis en place des séances de rééducations comportementales qui ont eu des résultats très positifs sur Milka et Sophie !

Animalement vôtre,

Karine Marcopoulos

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#comportementaliste #comportementalistechien #comportementalistechat #agressivite #deuil #problemedecomportement #anxiete

Chères clientes,

Mon métier de comportementaliste me permet de faire de très belles rencontres. Je vois défiler vos visages et je me souviens de vos prénoms : Marie-Paule, Sandrine, Françoise … 

Vous me contactez parce que vous rencontrez des difficultés avec votre animal. Vous acceptez de me confier vos lourds secrets et bien souvent, je me dis quelle belle leçon de vie vous venez de me donner.

Vous êtes toujours élégantes, souriantes, chaleureuses, avec une pointe d’humour et un peu gênée de vous libérer aussi facilement. 

Je me souviens d’un conte où une maman suppliait Dieu de lui rendre son enfant qui était décédé. Il lui avait demandé de frapper à chacune des portes du village et si par miracle, derrière l’une d’entre elles, il n’y avait pas un malheur, un drame, il lui rendrait son enfant. Ce qu’elle s’empressa de faire. Et, à sa grande surprise, elle découvrit qu’il y a toujours un deuil ou une maladie cachée derrière chacune des portes.

Je suis un peu cette femme qui sonne à la porte parce que le chien ou le chat de la famille pose des problèmes. Bien souvent, lorsque vous acceptez que l’on tire le fil, qu’on aille chercher plus loin, quel est le véritable déclencheur, on ne peut imaginer tout ce qui se cache derrière le comportement de votre animal. 

Plus que des aidantes, vous êtes des héroïnes. Vous êtes confuses d’en prendre conscience. Vous livrez corps et âmes à votre mari, à vos enfants … « Pas le choix », vous me dites. Vous n’avez plus le temps de penser à vous. Et pourtant, sûrement pour ne pas perdre la face, vous restez élégantes.

Je pense à Dani qui a adopté un chien parce que son mari est dépressif. Ses enfants ont réussi à la convaincre. Son vétérinaire lui a conseillé de prendre un Flat Coat puisque son mari aime les gros chiens. Et voilà que Dani se coltine les balades, se fait trainer au risque de tomber par ce jeune chien fougueux et pourtant son mari reste toutes ses après-midis devant ses séries …

Je pense à Monique qui a pris un chien pour ne pas laisser seul son mari lorsqu’elle quitte la maison. Cela me rassure, me dit-elle. Son mari victime d’un AVC, a perdu sa mobilité et sa tête. C’est un véritable deuil blanc. Ce n’est plus le même homme. Elle lui a promis de ne jamais le mettre en maison de retraite. Et Monique a mis en place un véritable emploi du temps de ministre, entre les auxiliaires de vie, les infirmières, les kinés qui viennent soigner son mari. Entre deux visites, elle arrive à sortir son chien.

Je pense à Paule qui se culpabilise d’avoir été contrainte de placer son mari en maison de retraite, victime d’une maladie neurologique. Elle le voit décliner à vue d’œil, son époux. Alors pour que l’appartement semble moins vide, elle s’est offert un petit terrier. Mais elle n’ose pas l’avouer à son mari, elle a tellement peur de lui faire de la peine…

Je pense à Françoise qui à chaque fois qu’elle regarde son chat voit son compagnon soufflait les bougies, les yeux étincelants de joie d’avoir reçu cette boule de poils pour ses soixante ans. Son compagnon a eu une crise cardiaque. Ce chat lui rappelle les jours heureux…

Je pense à cette maman qui a pris un chien parce que son garçon est autiste. Il a été adopté en tant qu’animal thérapeutique. Mais le lien ne se tisse pas entre eux deux. Le petit chien est effrayé par les gestes brusques de l’enfant et ce dernier le rejette. Désemparée, cette maman ne sait plus quoi faire…

Vous me racontez vos histoires à chaque fois, dignement. Bien sûr, parfois, vous pleurez mais vous ne vous effondrez pas. Vous avez toutes une force insoupçonnée. 

Souvent, je reste deux à trois minutes dans ma voiture, un peu sonnée parce que je viens d’entendre. De très belles leçons de vie. Jamais une plainte. Vous continuez le combat et ne lâchez rien. 

Vous me dites souvent « merci ». Et je vous réponds « non, c’est à votre animal qu’il faut dire merci. Étant un véritable buvard émotionnel, il a sonné l’alarme et vous a fait prendre conscience que vous aussi, vous avez le droit de prendre soin de vous. »

Animalement vôtre,

Karine Marcopoulos

Comportementaliste Chiens & Chats

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C’est l’histoire d’Isabelle et de Neige…

Lorsqu’Isabelle me contacte, je ressens de l’agacement dans sa voix. Elle n’en peut plus, son caniche n’est pas propre « et vous comprenez, j’ai des jeunes enfants dont un qui commence à marcher à quatre pattes et avec tous ces pipis, ce n’est plus possible… »

« Il a quel âge ? » je lui demande.

« 4 mois » me répond-elle.

Nous convenons d’un rendez-vous. A priori un rendez-vous facile, ai-je pensé dans un premier temps, apprendre la propreté à un chiot… 4 mois, il n’y a rien d’alarmant !

Déjà lorsqu’Isabelle m’ouvre la porte, elle semble contrariée. Je ne suis pas arrivée par la bonne entrée si je comprends bien et regarde mes chaussures. Elle hésite et puis finalement me demande de la suivre. Nous arrivons dans un salon où un bébé dort dans les bras d’une femme. Je n’ai à peine le temps de lui dire bonjour qu’Isabelle me fait descendre un escalier. Nous sommes dans une grande pièce qui fait office de cuisine. Une petite boule blanche surgit entre mes jambes. Impossible pour moi de ne pas la toucher au risque de lui marcher dessus. Elle me fait la fête, se tortille et me manifeste beaucoup de sympathie. Isabelle me regarde du coin de l’œil et semble surprise de voir mon élan de tendresse envers sa chienne. Comment ne pas fondre devant Neige qui porte bien son nom, aussi blanche que la neige, pesant à peine 3 kilos et qui se love dans mes bras, tellement heureuse de recevoir des câlins. Je repose Neige par terre et remarque qu’elle ne va pas vers sa maîtresse. Elle commence à jouer avec les lacets d’une basquette. Isabelle range la paire de chaussures sans dire un mot. Neige se met du coup à jouer avec un ballon de baudruche, je crains que celui-ci lui explose à la figure. Il n’y a pas de jouet pour elle. Mais, je suis en mode observation, je ne dis rien.

Isabelle m’explique qu’elle a acheté ce chien pour faire plaisir à ses enfants « mais ils ne s’en occupent pas ! Ils veulent bien jouer avec elle de temps en temps mais c’est tout ».

« Ils ont quel âge, vos enfants ? »

« 6 ans, 3 ans et 18 mois » me répond-elle.

« Et vous, pourquoi avez-vous choisi d’avoir un chien ? »

« Comme je vous l’ai pour faire plaisir à mes enfants ! »

« C’est votre premier chien ? »

« Non, nous avions des chiens lorsque j’étais petite mais c’étaient des chiens de ferme, ils ne rentraient pas dans la maison ».

« Pourquoi avez-vous choisi cette race ? »

« Nous avons rencontré cet été une dame avec son caniche. Il lui obéissait au doigt et à l’œil. Il avait l’air très facile. Il avait une belle complicité avec elle. J’ai craqué en le voyant et je me suis dit que j’allais prendre le même. Mais bon avec Neige, c’est différent… »

Neige commence à se tortiller et fait pipi sur un tapis. Isabelle se lève d’un bond, se précipite sur le sopalin et nettoie. J’en profite pour ouvrir la porte fenêtre qui donne sur le jardin et appelle Neige, en lui faisant comprendre que pipi, c’est ici sur la pelouse. Et Neige s’exécute. Je la félicite. Nous rentrons à nouveau dans la pièce. Isabelle est encore en train de nettoyer le tapis.

Elle regarde à nouveau mes chaussures, pourtant j’avais pris le soin de les frotter sur le paillasson. 

« Vous vous rendez compte, j’ai passé deux heures à nettoyer ce tapis ce week-end à la main parce qu’il ne passe pas en machine. »

« Vous pouvez l’enlever et le remettre lorsque Neige aura compris que pipi, c’est dehors ? »

Isabelle me regarde, oui en effet, elle n’y avait pas pensé. 

Neige se couche dans son panier.

« Lui est-il déjà arrivé de faire pipi dedans ? » je demande.

« Non, jamais »

« Alors votre chienne est propre puisqu’elle ne fait pas dans son couchage. Elle n’a juste pas encore compris que le jardin est fait pour cela. Il faut lui apprendre. »

Je continue mon questionnement, je sens bien que je n’ai pas toutes les informations. J’essaye de rester dans le non-jugement. Il est impératif que je reste neutre pour comprendre. 

« Vous vivez seule avec vos enfants ? »

Isabelle soupire. « Non, j’ai un mari ».

« Et pour lui comment cela se passe avec Neige ? »

« Il la trouve mignonne. »

« Vous aide-t-il justement dans l’apprentissage de la propreté pour Neige ? »

Je pose plusieurs questions. Je sens bien qu’elle n’a pas envie de me parler de son mari. Je ne lâche pas. Je ne peux pas aider Isabelle si je ne comprends pas où est le véritable problème. Je l’invite à me parler.

Alors Isabelle m’explique. Oui, elle a un mari qui travaille dans le bâtiment et qui est alcoolique comme toute sa famille d’ailleurs. Elle ne peut pas compter sur lui. Un jour, il est plutôt sobre et vient voir les enfants, et le lendemain, il est dans un tel état, qu’elle préfère qu’il ne rentre pas. Fort heureusement, ils ont un studio et ces jours « sans », il va dormir dedans. En plus de l’alcool, il lui ment, la trompe, il peut être violent bref il la dégoute, ce sont ses propres mots. 

« Est-ce donc pour cela qu’il faut que tout soit propre chez vous ? »

Elle semble surprise par ma question, ne comprend pas le rapprochement.

Elle convient qu’elle soit maniaque, que tout doit être astiqué. C’est pour cela que Neige n’a pas de jouet, elle craint que son jeune fils les mette à la bouche.  Sa maison doit être propre jusqu’au carrelage qui doit être d’un blanc immaculé…

« Comme Neige, je lui demande ? »

« Oui, en effet. »

Neige se lève et commence à tourner en rond. Je dis à Isabelle qu’il faut la mettre dans le jardin maintenant. Isabelle ouvre la porte et laisse Neige dehors. Je vois la petite chienne se faufiler entre le grillage. J’interroge Isabelle du regard :

« Ah, oui, cela lui arrive de se promener dans la résidence. D’ailleurs, je lui ai mis une niche pour qu’elle dorme dehors parce que j’en ai marre de ramasser tout le temps. »

« N’y a-t-il pas moyen de la faire dormir dans cette pièce ? »

La cuisine donnait en effet sur une sorte de débarras avec un hublot.

« Oui, je la mets dedans quand il fait trop froid mais cela sent mauvais le matin lorsque Neige est restée enfermée. On ne peut pas bien l’aérer… »

La propreté est une obsession chez Isabelle. Tout doit être nickel autour d’elle tellement c’est le « bordel » si je peux me le permettre, dans sa tête, dans sa vie… C’est une manière de contrôler quelque chose, d’avoir le pouvoir. Sa maison doit être reluisante pour compenser. Au moins quand elle pose les yeux sur son environnement, tout est impeccable, en apparence. 

Par miracle, Neige gratte à la fenêtre. Je lui ouvre et la prends dans mes bras. Je sens chez Isabelle une sorte de répulsion, comment puis-je prendre le risque de me faire salir par un chien qui vient de sortir ?

Je prends le temps de la câliner exprès et je la tends vers Isabelle.

« Quand vous regardez Neige, qu’est-ce que vous voyez ? »

Sursaut, confusion, néant, Isabelle est en stand-by. Elle n’a pas besoin de me répondre, j’ai compris mais l’essentiel est qu’elle-même ait compris. Elle voit son mari ! Toute sa frustration emmagasinée depuis des mois, des années, elle la projette sur cette petite chienne. Cette projection, je lui renvoie volontairement :

« Vous savez, elle n’a rien demandé, Neige. Elle n’a pas demandé à habiter chez vous. »

Silence. 

« Que souhaitez-vous aujourd’hui, Isabelle ? »

« Qu’elle soit propre ! »

« Vous n’arriverez à rien avec Neige si vous ne créez pas avec elle de l’attachement. Tout ce que demande un chien, c’est de faire plaisir à son maître, à sa maîtresse. Mais si ce lien n’est pas tissé, si c’est le néant… Je vais me permettre de vous dire qu’il n’y a pas de mauvaises décisions soit vous décidez de vous y attachez et en retour, Neige fera tout pour vous faire plaisir, soit vous décidez de ne pas la garder, elle est encore jeune, cela ne sera pas compliqué de lui trouver une nouvelle famille. »

Je suis partie. Très perplexe. Je crois même que j’ai pris 5 minutes avant de démarrer ma voiture. J’ai pensé à Neige toute la soirée, difficile pour moi de travailler sur le détachement. Elle était si attendrissante, une jolie petite boule blanche, victime de ressembler tellement à une peluche. 

Je me suis permise de rappeler Isabelle une semaine après. Quelle était sa décision ? Elle m’a dit que je lui avais fait prendre conscience de beaucoup de choses et qu’elle avait décidé de la garder et de créer une belle relation avec elle et qu’elle lui avait même offert des jouets.

Animalement vôtre,

Karine Marcopoulos

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C’est l’histoire d’Anna et de Saphir …

Anna est une femme d’une quarantaine d’années. Je vois de la gentillesse dans ses yeux mais surtout de la tristesse. Elle ne sait plus quoi faire. Anna est désemparée. Sa golden de 16 mois, Saphir une adorable chienne, ne veut pas sortir de l’appartement. Tout se passe bien au sein du foyer, Saphir mange, joue, est câline mais c’est la panique totale dès qu’elle doit sortir de l’ascenseur. Saphir se fige et ne veut plus avancer.

Anna a tout essayé : la force, le jeu, les gourmandises … la porte de l’ascenseur s’ouvre et Saphir bloque, se fige. Ce n’est plus le même chien. 

Saphir vient d’un élevage situé en pleine campagne. Tout semblait idéal pour ce jeune chiot : des grands près verdoyants autour de la maison, des éleveurs qui aimaient leurs animaux, un cadre idéal pour commencer dans la vie.

Mais voilà que dès les premiers kilomètres, Saphir se met à vomir dans la voiture. Arrivée à destination, Saphir refuse d’en sortir. Anna la porte et arrive à la poser sur la pelouse, Saphir accepte de faire son premier pipi, la queue entre les jambes, regardant sans cesse à droite à gauche, sur le qui-vive. Elle a basculé dans un autre monde, le monde urbain complètement inconnu pour elle, effrayant. Les bruits du tramway qui passe, des voitures, des bus, des agressions pour elle qui vivait jusqu’ici dans un environnement telle que la petite maison dans la prairie.

Saphir a quitté ses frères et sœurs, sa maman, doit s’adapter à de nouveaux maîtres, une immersion trop intense pour elle. Saphir se fige. Il y a trop d’informations à ingurgiter, elle bloque, tétanisée.

Fort heureusement, à la maison, Saphir se décontracte. Elle accepte de manger, joue même avec ses jeux, dort paisiblement. Il y a deux Saphir, une golden paisible à la maison et une momie dès que l’on veut la sortir de l’ascenseur. Anna a une fille d’une dizaine d’années et entretient une certaine complicité avec cette petite chienne. Elle lui apporte de la douceur mais la fille d’Anna souffre de voir Saphir si malheureuse à l’extérieur. Elle me confie qu’elle a de la peine lorsque sa maman rentre de balade, bouleversée de ne pas avoir réussi à sortir Saphir de l’immeuble. Et puis, souvent, Anna doit supporter les réflexions des passants, qui à tout va se permettent de faire le moindre commentaire. C’est la double peine pour elle. L’humain sait tout et se permet de juger alors qu’ils sont loin d’imaginer qu’Anna vit un enfer. C’est fou comment certaines personnes se permettent de juger avant même d’avoir essayé de comprendre ce qui se passait. J’en étais même témoin lorsque nous avons essayé de faire de la rééducation comportementale avec Anna et Saphir : entre celui qui se permet de dire mais « ce n’est pas comme cela qu’il faut faire », l’autre qui limite va appeler la SPA parce que l’on maltraite cette petite chienne, chaque commentaire fait perdre le peu de confiance qu’Anna a en elle et commence à devenir comme Saphir l’ombre d’elle-même…

La seule sortie qu’accepte Saphir est en forêt, Anna la met dans la voiture et arrivée à destination, Saphir semble moins stressée et accepte de se promener. 

Saphir semble vivre de plein fouet le syndrome du chenil. Premier point capital, déculpabiliser Anna. Elle n’est absolument pas responsable. Je lui explique que sa chienne n’a pas été suffisamment stimulée aux bruits du monde urbain. Elle vivait avec ses frères et sœurs au sein du foyer, a été habituée aux bruits domestiques mais pas à ceux de la ville. Il existe pourtant des bandes sons pour familiariser les chiots. Certains des ses frères et sœurs se sont sûrement adaptés plus facilement à la ville mais pas Saphir. A chacun son seuil de sensibilité. Comment était la mère de Saphir, était-elle une chienne craintive ? Anna ne sait pas, elle ne l’a pas vu.

Nous avons fait plusieurs séances de rééducation comportementale. Beaucoup de patience, 3 pas en avant, 2 pas en arrière… Il arrivait que Saphir acceptât de sortir de l’ascenseur, de l’immeuble, Anna devenait radieuse et puis tout d’un coup, Saphir se figeait, la queue entre les jambes, et se précipitait vers son immeuble. Il était primordial de respecter son seuil de sensibilité. Pourtant, nous n’avions entendu aucun bruit suspect mais nous savons bien que nos fidèles animaux de compagnie ont une ouïe bien plus fine que nous. J’ai appris également à Anna à avoir une attitude indifférente envers nos « faiseurs de leçon », étant d’origine allemande, à chaque passant qui se permettait le moindre commentaire, elle leur parlait en allemand, et leur disait qu’elle ne comprenait pas le français. On a bien rigolé avec cela et moi, j’ai repris quelques cours d’allemand au passage !

 Anna a déménagé dans un quartier beaucoup plus calme. Saphir a apprivoisé ce nouvel environnement mais restera toujours une petite chienne craintive. 

Animalement vôtre,

Karine Marcopoulos

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#comportementaliste #comportementalistechien #comportementalistechat #agressivite #deuil #problemedecomportement #peur

C’est l’histoire de Xavier et de Jelly …

Xavier me contacte parce que son Yorkshire, Jelly, tremble sans cesse.

Xavier habite dans une belle maison de famille. En attendant qu’il m’ouvre la porte, je regarde le jardin, lui aussi immense. Il semblerait laissé à l’abandon, l’herbe est haute, les feuilles mortes non ramassées.

Xavier est un homme de 65 ans environ. Son chien le suit, me fait la fête comme s’il n’avait pas vu une personne étrangère depuis longtemps. Nous rentrons dans le salon où il règne un joli désordre : de la vaisselle sale par ci par là, des vêtements épars dans la pièce … Pourtant la maison est arrangée avec goût mais je ressens un laissé aller.

Xavier très chaleureux semble assez frêle. Il nage dans son pantalon, sa chemise est froissée. Je ressens une certaine fragilité chez lui.

Jusqu’ici, tout allait bien avec Jelly. Un chien de 5 ans, sans histoire mais depuis 6 mois environ, il tremble. On a l’impression qu’il a tout le temps froid. Tout signe de maladie a été écarté. Jelly s’est couché en boule sur le canapé et je peux apercevoir des soubresauts sur son dos comme s’il frissonnait. 

Il est aussi un peu plus éteint, se jette moins sur la nourriture comme avant.

« Avant quoi ? », je demande à Xavier.

Xavier soupire. Ses épaules tombent et j’aperçois un léger tremblement dans ses mains.

« Avant que ma femme me quitte pour un autre homme ! »

Xavier et Jelly se mettent à trembler de plus belle synchronisés tous les deux sur la même fréquence.

Xavier se lance dans un flot de paroles comme si celles-ci étaient des larmes qui coulent sans cesse.

« Nous étions mariés depuis 27 ans. Nous avons deux filles et l’une d’entre elles vient même d’avoir un bébé. Elle me disait que j’étais l’homme de sa vie. Elle avait organisé une fête pour mon anniversaire 3 jours avant son départ. Et puis, un matin, elle m’annonce qu’elle me quitte, qu’elle ne supporte plus de voir cette maison vide sans les filles, qu’elle est bien trop jeune pour jouer le rôle de grand-mère, que de vivre avec un retraité cela ne l’intéresse pas et qu’elle s’offre une nouvelle jeunesse avec cet homme ».

Xavier marque une pause. Il est en état de sidération. C’est à peine s’il s’autorise à respirer depuis qu’elle est partie. « Mes filles essayent de me soutenir », me dit-il, « mais elles ont leur vie, je ne veux pas être une charge pour elles ».

« Je n’arrive même plus à m’occuper de moi … alors comment voulez-vous que je m’occupe de Jelly ? Le pire est que tous les soirs, vers 19h00, heure à laquelle elle rentrait du travail, il se met devant la porte et il l’attend. C’est affreux de le voir comme cela et à chaque fois, il me rappelle qu’elle ne reviendra pas. »

Au lieu de le réconforter, de lui apporter toute l’aide thérapeutique que peuvent nous témoigner nos fidèles compagnons, Jelly rappelle à Xavier les jours heureux. Jelly le ramène sans cesse à ces flash-back et Xavier n’a plus de force pour les surmonter. Il rumine son passé, revient sur tous ses souvenirs, essaye de comprendre et ne trouve pas de réponse. Comme un disque rayé, il se raconte la même histoire, comme si le passé pouvait revenir au présent. Vient en plus cette culpabilité parce que Xavier sait bien qu’en ce moment, il ne rend pas heureux Jelly.  

Une séparation est un véritable deuil. Xavier doit l’accepter mais le chemin va être long. Il est pour l’instant au stade de sidération. Un néant total, plus envie de rien, plus envie de sortir, de voir des amis, de manger, même de caresser son chien… Il attend. Il a perdu plus de 10 kilos en 6 mois. Tout l’enjeu était de faire comprendre à Xavier que tant qu’il n’allait pas bien, Jelly n’irait pas bien. Xavier devait prendre soin de lui en priorité. 

J’ai appris par la suite que Xavier avait pris la décision de confier son chien à sa sœur devant se faire hospitaliser pour une dépression sévère. Une fois arrivé chez elle, Jelly ne tremblait plus. 

Animalement vôtre,

Karine Marcopoulos

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C’est l’histoire de Bella…

Annie vient d’adopter Bella, une Shih Tzu de 8 ans. 

Annie voulait un chien adulte n’étant pas toute jeune, elle ne se sentait pas le courage de prendre un chiot. Elle l’a adoptée via une association mais ne sait pas grand-chose sur son histoire à part que c’était une chienne reproductrice.

Annie est inquiète : la chienne est très apathique, ne fait que dormir. Elle n’est pas propre. Annie est un peu déçue car elle voulait un chien pour se promener et Bella est en panique dès qu’elle met le nez dehors. Son seul centre d’intérêt est de manger. Annie me dit qu’elle est obsédée par la nourriture et que c’est d’autant plus compliqué car Bella a besoin de perdre du poids.

Lorsque je suis arrivée, Bella s’est levé pour me respirer et est partie se recoucher. Elle a en effet de grosses mamelles qui laissent supposer qu’elle a eu plusieurs portées. 

J’essaye d’avoir quelques renseignements sur l’histoire de Bella mais Annie a peu d’éléments à me donner. La seule chose qu’elle sache est que c’est une chienne réformée d’un élevage.

C’est dans ces moments si particuliers que je me dis « si tu pouvais me parler Bella, qu’est-ce que tu pourrais me dire sur tes 8 premières années de vie ? »

Mais Bella, elle semble très indifférente à tout ce qui l’entoure.

Et puis tout d’un coup, Bella se lève, se dirige vers la cuisine et se met à aboyer devant un meuble. J’interroge du regard Annie qui m’informe que c’est dans ce meuble qu’elle range ses croquettes.

Au moins, elle a un centre d’intérêt ! Grâce à la nourriture, nous allons peut-être réussir à la stimuler.

Mes hypothèses sont que Bella a consacré sa vie à faire des bébés. Elle devait être enfermée dans une cage, n’était sûrement jamais sortie et la seule activité qu’on lui proposait était sa ration de croquettes. Les associations en général n’osent pas trop dire ce qu’elles en pensent de cette catégorie d’éleveurs car c’est déjà bien quand ils leur ramènent les chiennes à l’adoption. 

Annie ne voulait pas un jeune chien mais elle va devoir tout apprendre à Bella comme si c’était un chiot : l’apprentissage de la propreté, des bruits de la ville… 

Bella ne craint pas les humains, c’est déjà cela.

J’interroge Annie sur la quantité de croquettes qu’elle donne à Bella. Elle me montre une minuscule gamelle et me dit « je lui donne cela par jour ». En voulant bien faire car son vétérinaire lui a dit que Bella doit perdre du poids, elle affame sa chienne. Je prends le temps de regarder avec elle la quantité qui est conseillé sur le sac de croquettes et Bella ne mange même pas le quart. 

Le poids de l’animal est toujours un vaste sujet chez mes clients. Entre ceux qui veulent tout contrôler et que leur animal ait une taille de guêpe et ceux qui me soutiennent mordicus que cela lui fait tellement plaisir de prendre un bout de saucisson, cela dit beaucoup de choses sur le rapport que nous avons-nous même avec la nourriture…

Concernant Annie, ce n’était pas intentionnel. Elle pensait lui donner la quantité requise. 

Plusieurs séances de rééducation ont été nécessaires pour familiariser Bella à la vie urbaine. Étant très gourmande, Bella a progressé rapidement sur la propreté et sur les sorties en ville. Elle reste néanmoins un chien indépendant comme si elle se mettait dans sa bulle …

Annie a fait une très belle action en sauvant Bella. A nous de bien étudier dans quelles conditions est né le chiot que nous souhaitons adopter pour ne pas solliciter ce genre de commerce. Car des éleveurs professionnels qui prennent soin et qui aiment leurs animaux, j’en connais beaucoup et j’admire leur travail.

Animalement vôtre,

Karine Marcopoulos

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C’est l’histoire de Léa et d’Angel…

Léa me contacte car sa chatte Angel fait pipi sur le fauteuil de sa chambre depuis 3 mois. Cela a commencé en septembre à peu près.

J’arrive dans un appartement assez spacieux et Léa m’accueille chaleureusement. Angel est une chatte de deux ans, très curieuse, assez grande, se frotte à moi et me respire longuement. Elle est assez farouche, essaye d’attraper mon crayon lorsque je prends des notes sur mon carnet. Je sens une certaine vivacité en elle. J’essaye de rester indifférente envers elle alors que je la trouve craquante !

Léa m’explique qu’elle a effectué des travaux chez elle et que justement elle a réaménagé sa chambre. Maintenant que sa chambre est complètement refaite, sa chatte fait pipi sur le fauteuil ! C’est franchement décourageant, elle qui avait toujours été propre.

Nous savons que les chats n’aiment pas les changements. Ils se « rassurent » en mettant leurs propres odeurs et notamment font pipi…

Serait-ce le seul déclencheur ? Je continue quand même mon questionnement auprès de Léa. Je demande à voir sa chambre qui est décorée avec goût. Se trouve le fameux fauteuil recouvert d’une alèze puisqu’Angel l’asperge régulièrement ! Je découvre une photo d’une jolie femme assez jeune sur les étagères de la chambre. Elle ressemble à Léa mais ce n’est pas Léa. 

« Qui est-ce ? » je demande

« C’est ma maman » me répond Léa.

Je vois monter les larmes dans les yeux de Léa, instantanément. Et Léa me raconte que sa maman est décédée il y a 13 ans. Elle avait 33 ans et Léa 11. Elle est décédée le jour de sa rentrée en sixième. Ses émotions sont de plus en plus fortes et Léa se met à pleurer. Au même moment, Angel monte sur le fauteuil et se met en position pour faire pipi. Je la repousse immédiatement et évite un énième accident.

Léa est plus que surprise mais elle a compris. Elle me regarde puis regarde sa chatte. 

Elle a compris que ses émotions pouvaient également être le déclencheur des pipis d’Angel. 

Nous allons nous installer dans le salon. Angel revient vers moi et me regarde droit dans les yeux. Je l’ai empêchée de faire sa petite affaire !

Léa reprend son souffle et me demande « pourquoi c’est si difficile cette année en particulier, alors que ma maman est morte il y a 13 ans ? Je ne comprends pas. J’ai un nouvel ami, un nouveau travail … et pourtant… »

Léa me raconte qu’elle n’a pas pu dire au revoir à sa maman. Celle-ci a été emporté par un cancer fulgurant. Et puis, pour la protéger, son entourage a préféré qu’elle n’assiste pas à l’enterrement. Elle est rentrée de l’école, un jour que tous les collégiens n’oublient pas et son père lui a dit que sa maman était morte. Elle est retournée à l’école et ils l’ont enterrée sans elle.

Ils ont voulu la protéger mais Léa du coup n’a jamais commencé à faire son deuil. Elle a tout refoulé gamine pour ne pas faire de peine à son père qui lui aussi était en grande souffrance. 

Alors, lorsqu’elle a trop de chagrin, elle s’assoit sur le fauteuil qu’Angel a pris en grippe et pleure en regardant la photo de sa maman. Je découvre également une grande anxiété chez Léa. Sa grand-mère est elle aussi décédée très jeune du même cancer. Il se pourrait que ce cancer soit génétique et Léa doit faire des examens dans deux ou trois ans pour savoir si elle est porteuse de ce gène. 

Son mal être s’accentue au fur-et-à mesure qu’elle vieillit et qu’elle approche ses 33 ans. 

Angel dans tout cela a sonné l’alarme et fait prendre conscience à Léa qu’elle n’allait pas bien et qu’elle avait peut-être besoin de se faire aider.

Léa m’a rappelé quelques semaines après pour me donner des nouvelles. Rien qu’au son de sa voix, j’ai senti qu’elle allait mieux. Elle a fait tout ce que je lui avais préconisé : acheter une deuxième litière XL car Angel est assez grande, mettre une gamelle de croquettes sur le fauteuil et Angel ne fait plus pipi en dehors de ses litières ! 

Léa a pris rendez-vous pour se faire aider et se réconcilier avec cette petite fille qui a elle aussi le droit de pleurer et d’accepter le départ de sa maman.

Animalement vôtre,

Karine Marcopoulos

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C’est l’histoire de Rebelle.

Rebelle, elle porte bien son nom. Sa maîtresse, Annie m’appelle parce que sa malinoise de 15 mois est réactive envers ses congénères. Elle cherche toujours la bagarre et me dit-elle revient souvent avec des bobos.

Je l’interroge quand même sur sa réactivité envers les humains. « Ah ! non ! Elle est adorable avec les humains ! ». Je lui demande néanmoins d’attacher sa chienne lorsque j’arriverai chez eux.

Annie et Jacques habitent un joli pavillon. Dès que je sonne, j’entends Rebelle aboyer furieusement. Je rentre dans le jardin, le portail électrique se ferme derrière moi. La porte d’entrée s’ouvre, Rebelle essaye de se précipiter sur moi, heureusement retenue par son maître. Jacques, la clope au bec a du mal à la retenir et finalement lâche la laisse. Pour une femelle, Rebelle est grande. J’ai au moins 35 kilos qui déboulent sur moi en aboyant de façon frénétique. Je ne la regarde surtout pas, me mets de dos mais Rebelle a eu le temps de me lacérer la jambe. Je garderai des bleus pendant 3 semaines ! Jacques s’interpose entre Rebelle et moi. Annie sort de la maison en criant, court après sa chienne et bien 5 minutes après, arrive à l’attraper.

Je glisse à Jacques « Je croyais qu’elle était gentille avec les humains ? ». Bien embarrassé, Jacques hausse les épaules.

Nous arrivons enfin à rentrer dans la maison, Annie tient la laisse fermement mais Rebelle aboie incessamment. Impossible de commencer mon anamnèse.

« N’y a-t-il pas moyen de la laisser dehors ? »

« Ah, non, elle va tout dévaster ! »

« De la mettre au sous-sol ? »

« Ah ! non ! Elle est même capable de s’en prendre au tuyau de la machine à laver le linge ! »

Je reste debout perplexe. Annie donne à sa chienne une gourmandise pour la calmer.

« Est-ce que vous vous rendez compte que vous êtes en train de la récompenser en ce moment même ? »

Annie me répond « oui, mais ça marche ! »

En effet, Rebelle se calme. J’arrive à m’assoir sur le canapé. Je reprends ma respiration, enfin surtout mes esprits.

Rebelle saute immédiatement sur la table basse et me toise de son regard. Je me lève aussitôt.

« Vous pouvez lui demander de descendre s’il vous plait ? »

« C’est que vous êtes assise à sa place. »

Long silence de ma part. Je prends une chaise. Rebelle s’alonge sur le canapé. Jacques et Annie essayent de trouver une place de chaque côté.

Je commence mon questionnement. Rien à signaler sur ses premiers mois, elle est restée avec sa mère et ses frères jusqu’à l’âge de deux mois. Ils ont choisi une malinoise parce qu’ils avaient avant une Berger Allemande. En effet, je vois une très belle photo de leur chienne précédente accrochée au mur. « Elle, elle n’était pas commode avec les gens ». Je me dis dans ma tête « Et ben, dis donc qu’est-ce que cela devait être ? »

Seule Annie parle. Je sens une femme énergique. Ils ont tous les deux à peu près 70 ans. Je m’assure qu’ils ont bien fait le deuil de leur précédente chienne.

Je leur demande :

« Quand mange-t-elle ? »

« En même temps que nous. Nous mangeons devant la télé sur la table basse mais elle sait que lorsque nous mangeons, elle doit nous laisser tranquilles. »

« Où dort-elle ? »

« Dans mon lit » me répond Annie.

Confus, Jacques glisse qu’ils font chambre à part. Annie me toise comme sa chienne et me dit qu’elle ne veut rien changer.

« Et vous monsieur ? » Annie commence à répondre à sa place. Fermement, je lui demande de laisser parler Jacques, elle se tait mais je sens bien que cela ne lui plait pas du tout.

Jacques me répond que sa chienne est fatigante, qu’elle l’embête sans cesse lorsqu’il est devant son ordinateur, qu’il ne peut pas non plus bricoler…

Rebelle se lève et va dans son panier qui est en plastique et commence à le détruire. Annie l’en empêche, Rebelle grogne envers sa maîtresse.

« Et le fait qu’elle grogne, cela ne vous dérange pas ? »

« Non ».

J’apprends par la suite qu’il la conduise tous les jours en forêt loin du monde. Impossible pour eux de la tenir en laisse dans la rue.

« Comment faîtes-vous pour l’amener chez le vétérinaire ? »

« Je la tiens plus que fermement » me répond Jacques.

Depuis l’arrivée de Rebelle, plus personne ne rentre chez eux à part leur fils car elle le connait depuis qu’elle est petite.

« Et si demain, vous avez besoin qu’un réparateur rentre chez vous ? »

Ils ne répondent pas et je sens de la consternation chez Jacques et de l’agacement chez Annie.

« Qu’attendez-vous de moi ? »

« Je voudrai que Rebelle ne se bagarre plus avec les autres chiens quand par malheur, nous en croisons un dans la forêt. » me répond Annie.

« Comment voulez-vous que votre chienne vous obéisse à l’extérieur si elle a droit de tout faire chez vous ? »

Et là comme si elle comprenait ce que j’étais en train de dire, Rebelle se lève, monte sur le dossier du canapé et se couche de tout son long. Un vrai pacha !

Jacques quand même fini par s’impatienter et essaye de la faire descendre. Rebelle a tenté de lui attraper la main. Je les regarde longuement silencieuse.

Je n’avais plus le choix, il fallait que je leur fasse peur. Annie était dans un déni total, Jacques un peu moins.

« Savez-vous ce que l’on trouve le plus dans les refuges en ce moment ? »

« Oui, des malinois » me répond Annie.

« Votre chienne n’a que 15 mois, vous pouvez encore changer les choses. Et le pire, c’est que son agressivité peut encore s’intensifier. Cette race peut être formidable. La preuve, on en voit souvent à l’armée, la police…. Mais, votre chienne a besoin d’un cadre… C’est comme si vous devriez mettre une main de fer dans un gant en velours… »

Annie reste sur sa position. Elle aurait dû également s’appeler Rebelle.

Je repars, monte dans ma voiture quand même perplexe de n’avoir pas réussi à leur faire comprendre que c’est à Jacques et à Annie de changer leurs propres comportements pour que leur chienne change.

Et puis, j’entends mon cher professeur me dire « On ne peut pas sauver le monde Karine ! »

Animalement vôtre,

Karine Marcopoulos

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C’est l’histoire de Laure, Cyril et Chipie…

Laure me contacte parce que Chipie ne supporte pas de rester seule. Les voisins se plaignent que la petite chienne, un Coton de Tuléar, pleure lorsque Laure et Cyril quittent leur domicile.

Leur studio est cosy et est assez petit. Pas de séparation entre la partie salon et la chambre à coucher si bien qu’ils sont toujours tous les trois collés les uns aux autres même la nuit.

Laure et Cyril sont assis sur le canapé et Chipie est lovée entre eux deux.

Je commence mon questionnement. Chipie a été adoptée à deux mois juste avant le confinement, est restée avec ses frères et sœurs et sa mère jusqu’à cet âge et s’est très bien acclimatée à Cyril et Laure. Elle s’est bien habituée à la vie citadine, a des copains chiens, bref tout va bien de ce côté. Mais, c’est la panique totale lorsque Cyril et Laure quittent le domicile…

Pourtant comme me souligne Cyril, on ne part pas souvent car je suis très fréquemment en télétravail. Laure, elle s’absente plus souvent pour son travail. 

« On s’arrange d’ailleurs de la laisser le moins souvent seule car nous savons qu’elle ne le supporte pas. » 

Si bien que Cyril et Laure ne vont plus au restaurant, encore moins au cinéma et voient de temps en temps des amis si ceux-ci acceptent que Chipie vienne chez eux. Ils sont pourtant assez jeunes.

Et puis à demi-mot, Cyril m’avoue que cela l’arrange bien parce qu’il ne se sent bien que chez lui. Chipie est une bonne excuse, un bon alibi pour rester chez soi. Mais, le problème est qu’il doit partir pendant trois mois à l’étranger pour une formation et que Laure doit quitter le domicile deux journées par semaine pour son travail. Il est donc indispensable que Chipie apprenne à rester seule.

Ils se sont créé un cocon et se suffisent à eux-mêmes. Ils pensent un jour avoir des enfants mais pas maintenant. Leurs parents respectifs habitent en province. Ils sont bien tous les trois et finalement cette vie cloisonnée leur convient tout à fait. Oui, ils aiment se promener avec Chipie et cela leur suffit.

Je sens beaucoup de bienveillance entre eux. Ils couvent Chipie de caresses qui semble apprécier ces excès de tendresse.

« Qu’est-ce que vous ressentez lorsque vous quittez le domicile sans Chipie ? »

Cyril me répond sans hésiter « Je ne suis pas bien. »

« Comment cela ? »

« Ben, j’ai les mains moites, la respiration coupée… et cela commence bien une heure avant mon départ. Cela me fait de la peine de la laisser toute seule. Je sais qu’elle va être malheureuse et du coup, cela me fait mal au cœur. »

Laure me laisse entendre que c’est plus Cyril qui a un problème avec cette séparation et qu’elle au fond, cela l’embête un peu de laisser Chipie mais bon, elle n’a pas le choix.

« Le fait de ne pas être bien lorsque vous quittez l’appartement, cela fait combien de temps à peu près ? »

Cyril me confie qu’il a toujours été casanier même enfant et qu’il a été très « couvé » par sa maman. Elle était toujours très anxieuse dès qu’il s’absentait.

Il ajoute en rigolant qu’il a adoré le confinement. Il n’avait plus besoin de trouver des excuses pour ne pas sortir. Il a adoré ces mois où la seule sortie possible était justement les balades pour Chipie.

A rester dans sa zone de confort, Cyril qui de nature déjà anxieuse s’est complètement désocialisé et c’est la panique totale dès qu’il faut affronter le monde extérieur. Cette panique, il la projette sur Chipie qui comme nous le savons nos meilleurs amis détectent nos micro-comportements comme l’anxiété. 

Cyril semble accepter cette projection qu’il fait sur Chipie. Mais comment faire lorsque c’est plus fort que soi ?

« Suivez-moi… »

Laure et Cyril me regardent interpellés. 

« Nous allons sortir de l’appartement comme si de rien n’était… » leur dis-je.

« Mais nous sommes en chaussons ! »

« Ce n’est pas grave »

« Juste prenez vos clés, cela serait dommage de rester enfermé dehors ! »

Et nous sortons tout naturellement. Chipie n’a rien vu venir. Elle est restée couché sur le canapé.

Nous fermons la porte et appelons l’ascenseur. Cyril lâche « je ne suis pas bien ! »

Je lui chuchote « Ecoutez… »

Et à leur stupéfaction, Chipie ne disait rien, ne pleurait pas…

Nous sommes sortis dans la rue et comme leur appartement était au premier étage, on pouvait entendre si Chipie pleurait. Rien. Aucun son.

Cyril m’a regardé. Il avait compris. Pas besoin de lui donner d’explication.

L’objectif était d’effectuer cet exercice tous les jours : partir 5 minutes, puis 10, puis 15… avec le moins d’émotions possible comme si on allait chercher le courrier à la boîte aux lettres.

L’objectif était d’apprendre à se déscotcher les uns des autres.

J’ai eu Laure au téléphone quelques semaines après. Tout allait très bien pour Chipie qui avait appris à rester seule. Cyril était parti pour sa formation. Les premières semaines ont été beaucoup plus compliquées pour lui. Mais cette immersion dans le monde extérieur a fini par lui faire du bien et Cyril s’est remis à pratiquer du sport. 

Animalement vôtre,

Karine Marcopoulos

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C’est l’histoire de Sarah

C’est avec une voix toute frêle, à peine audible que Sarah me contacte. Elle m’explique qu’elle a eu une altercation avec le chien de son compagnon et qu’elle ne sait plus quoi faire.

Lorsque j’arrive à son appartement, je suis accueillie par Néo, un Samoyède de 2 ans, assez « fou fou ». Le compagnon de Sarah, Cédric le remet à l’ordre immédiatement. Cédric a une autorité naturelle et Néo lui obéit au quart de tour. Je sens en Néo une boule d’énergie, un véritable lion en cage. L’appartement est loin d’être spacieux, il y a très peu d’espace et Néo ne peut circuler sans nous toucher.

Sarah est assise sur le canapé, recroquevillée sur elle-même. Elle se tient la tête et ses yeux sont larmoyants. 

Je commence à interroger sur l’histoire de Néo. Rien de particulier à signaler.

Cédric et Sarah sont ensemble depuis peu. Sarah s’est installée chez Cédric depuis deux mois. Tout se passait bien jusqu’au jour où Sarah a voulu sortir de la chambre et Néo l’empêchait de passer. Cédric était absent. Sarah a voulu pousser Néo et celui-ci lui a sauté dessus. Elle a eu très peur, elle voit encore sa gueule près de son visage. Sarah sanglote et Cédric semble embêté par la situation. Il est attaché à Néo et ne veut surtout pas s’en séparer. Mais depuis, cette scène, Sarah est terrorisée par ce chien. Elle ne le regarde plus, ne veut surtout pas qu’il l’approche. 

Cédric travaille tard le soir. Sarah se retrouve donc seule avec Néo lorsqu’elle rentre du travail. 

Néo s’approche de Sarah et d’un claquement de doigt, Cédric lui demande de se recoucher. Néo s’exécute. J’observe la scène.

J’avance à tâtons dans mon questionnement.

« Est-ce que, Cédric vous intervenez lorsque Sarah demande quelque chose à Néo ? »

Cédric est surpris par ma question. Il m’explique qu’il veut protéger Sarah et qu’il ne veut pas que Néo l’embête.

Son intention est tout à fait louable sauf que …

« Lorsque vous adressez un ordre à Néo, vous souhaitez qu’il vous obéisse ?

« Oui »

« Et Sarah, est-ce vous souhaitez que Néo vous obéisse ? »

« Oui, bien sûr. »

Je prends un long moment pour expliquer quelle place doit prendre le chien au sein du foyer. Je sais que beaucoup de personnes n’aiment pas que l’on parle de hiérarchie parce qu’ils confondent bien souvent ce mot avec autoritarisme. Je leur explique que Néo a très bien compris qui était le patron lorsque Cédric est présent. Mais, Sarah doit savoir s’imposer et elle aussi doit se faire respecter par Néo, même lorsque Cédric est là. Cédric est sceptique. J’insiste sur le fait qu’il ne doit surtout pas s’immiscer et que Sarah doit absolument se faire respecter par Néo. Ce dernier doit être « en bout de chaîne ». Et nos meilleurs amis savent très bien détecter la faille.

« Sarah, vous m’avez dit tout à l’heure que vous aviez peur de rentrer chez vous ? »

« Oui »

« Est-ce une émotion que vous avez déjà vécue ? D’avoir peur de rentrer chez vous ? »

Sarah me regarde, se met à trembler et recommence à pleurer. Cédric se lève et va se faire un café… Néo soupire. Le temps s’arrête, figé.

Et là, avec beaucoup d’hésitation, Sarah me confie que lorsqu’elle était jeune vers l’âge de 12 ans, elle craignait de rentrer chez elle. Ses parents travaillaient. Elle se retrouvait seule avec son grand frère qui sous l’emprise de l’alcool la martyrisait. « Il était très violent » m’avoue-t-elle. Jusqu’où ? je ne l’ai pas su.

Elle avait mis cela sous cloche. Personne, encore moins ses parents ne s’en étaient rendu compte, du moins c’est ce qu’elle croyait. Cela avait durer plusieurs années. Elle s’est échappé le plus vite possible de son domicile familial. Comme un mécanisme de défense, elle avait effacé tout cela de sa mémoire.

« Lorsque vous regardez Néo, Sarah, qu’est-ce que vous voyez ? »

Les yeux de Sarah s’écarquillent, elle me regarde et dans un murmure, me confie « mon frère ».

« Savez-vous Sarah qu’un jour vous direz merci à Néo ? »

Stupéfaite, Sarah m’interroge des yeux.

« Cette scène que vous avez vécu avec Néo, aussi violente a fait ressurgir de vieux traumatismes, de vieux démons que vous avez essayé d’effacer de votre mémoire. Et pourtant, ils sont présents, la preuve en est. Ce n’est pas Néo que vous êtes en train de repousser mais bien votre frère. »

Sarah m’avoue qu’elle avait essayé de confier ce lourd secret à ses parents et aussi à son frère. Tous avaient nié, la culpabilisant même de fabuler.

« Une double peine » lui dis-je. Cédric était revenu, eu un geste protecteur envers Sarah et acquiesçait de la tête.

Nous convînmes que Sarah avait besoin de se livrer auprès d’un professionnel. J’insistais sur le fait qu’à partir du moment où Sarah saura se faire respecter de Néo, c’était justement un premier pas vers la guérison, savoir dire non. Une première victoire.

Le chemin était long pour Sarah mais je suis sûre qu’un jour, elle dira merci à Néo, de l’avoir aidé à crever l’abcès et de se libérer de ses souvenirs si pesants.

Animalement vôtre,

Karine Marcopoulos

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#comportementaliste #comportementalistechien #comportementalistechat #agressivite #deuil #problemedecomportement #violence #hierarchie

Quelle tristesse !

En tant que comportementaliste, je rencontre fort heureusement dans la majorité des cas de très belles histoires et parfois des plus sombres. Ma formation m’a appris à travailler sur le détachement mais certaines restent collées, impossible de les oublier.

Le point commun si j’ose dire avec ces histoires plus tristes est que les adoptants n’ont pas assez anticipé sur le changement de vie que va provoquer l’arrivée de l’animal. Les raisons de l’adoption sont toujours pour faire plaisir : à l’enfant qui réclame un chien depuis des années, à la personne qui se retrouve seule et cherche à avoir une compagnie mais a oublié qu’elle n’avait plus 20 ans, à ce jeune en difficulté qui aura un chien ou un chat thérapeutique… On adopte aussi parfois comme un substitut parce que l’on n’arrive pas à avoir un enfant jusqu’au jour où il devient encombrant parce que le bébé tant attendu est enfin arrivé.

Et là patatras, on espérait que le chiot allait être propre à 4 mois, qu’il suffisait de le promener une demi-heure par jour, qu’il allait être moins agité et puis, ces mordillements, ça fait mal ! Bref, ce n’est pas du tout le chien ou le chat qu’on s’attendait à avoir. 

Souvent, j’entends : « je ne sais pas si je vais le garder ! ».

Alors que le petit bout n’a même pas 6 mois ! 

Ça passe ou ça casse ! 

Le drame dans ces histoires, ce n’est pas que l’animal qui est la victime. Comment les enfants qui ont commencé à s’attacher à lui vivent cette séparation ? Quel choc pour la personne âgée de se rendre compte qu’elle n’a plus l’énergie, la force pour s’occuper de son chien ? Comment la maman qui déjà débordée parce qu’elle travaille et élève seule ses jeunes enfants a encore assez de temps pour s’occuper d’un chiot ? 

Ces personnes culpabilisent d’avoir fait le mauvais choix. Elles espéraient amener du bonheur à la maison et finalement, cela vire au cauchemar. 

Il y a bien sûr des accidents dans la vie qui font qu’on ne peut pas tout anticiper et qui nous amène à replacer un animal. Il arrive aussi que le chien ne s’habitue pas du tout à son nouvel environnement et serait bien plus heureux dans un autre… Je pense notamment à certains chats qui sont incapables de vivre en appartement. Parfois, replacer un animal est aussi un acte d’amour car nous savons qu’il n’est pas heureux avec nous. 

Une des missions du comportementaliste est justement de vous aider à faire le bon choix dans l’adoption : quelle race est la plus adaptée à votre foyer ? Un chiot, un chaton ou un adulte ? Ce nouvel arrivant sera-t-il accepté par le chien ou le chat qui vit chez vous ? Pleins de questions qui vous permettent une certaine prise de conscience et d’anticiper au mieux.

Adopter un animal qu’il soit jeune ou adulte demande un énorme investissement de notre part. Nous devons lui consacrer beaucoup de temps, beaucoup de patience, beaucoup d’énergie pour en faire un chouette animal de compagnie et ceci pendant plus de 10 ans. Et ce temps parfois, on ne se rend pas compte qu’on ne l’a pas toujours, sauf devant le fait accompli. Et l’animal lui, il n’a rien demandé.

Animalement vôtre,

Karine Marcopoulos

Comportementaliste Chiens & Chats

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C’est l’histoire de Laurence et Moustache.

Laurence est très inquiète. Elle ne comprend pas. Son chat Moustache, 8 ans se lèche de façon frénétique et n’a plus de poil sur le dos, comme une véritable tonsure. Elle a pourtant consulté plusieurs spécialistes, rien n’y fait. 

Elle me contacte, en dernier recours m’avoue-t-elle. « Peut-être que vous en tant que comportementaliste… »

J’arrive dans un joli pavillon en banlieue parisienne. Le jardin est magnifique, je me demande si les mauvaises herbes sont enlevées à la pince à épiler, pas une faute dans le décor. Quant à l’intérieur de la maison, j’ai l’impression de rentrer dans un magazine « arts déco », tout est à sa place, aucune faute de goût. Laurence très élégante doit avoir la cinquantaine, m’accueille courtoisement. Son chat, un persan dort docilement sur le canapé. Laurence est très dynamique, parle de façon frénétique, une vraie « guêpe enfermée dans un bocal ». Je suis assez surprise du contraste entre cette maison et ce chat paisibles et Laurence qui est une véritable pile électrique. Elle parle beaucoup, entre deux phrases, me demande si je veux boire quelque chose, manger quelque chose…  « Juste un verre d’eau, s’il vous plait » … Elle me propose tout type de boissons, a même une part de gâteau, fait par ses soins … « Un verre d’eau, cela sera parfait » lui dis-je. C’est limite si je ne vois pas une déception dans ses yeux de refuser sa part de gâteau.

Le verre d’eau posé, je m’assois tranquillement sur le canapé, ignore le chat. C’est vrai que cela fait mal au cœur de voir qu’il n’a plus de poil sur le dos. J’essaye d’avoir des gestes posés, être le plus calme possible pour faire descendre la pression. Laurence prend Moustache sur les genoux et commence à me parler. Le rythme de sa voix est saccadé comme les caresses qu’elle donne à son chat. Ce dernier se laisse faire, résigné. Et puis, il s’en va et se met à se lécher de façon compulsive. On dirait qu’ils sont synchros tous les deux : le rythme de la voix de Laurence s’accorde à la fréquence des léchages de Moustache.

« Cela fait combien de temps qu’il se lèche comme cela ? » je lui demande.

« Je ne sais pas trop, deux ans peut-être ».

Je lui demande s’il s’est passé quelque chose de particulier deux ans auparavant. « Non », me dit-elle. Nous avons revu ensemble son bilan de santé, son histoire. Aucun indice. 

Plusieurs photos sont dispersées dans le salon : des photos d’enfants, des photos de ces enfants devenus adolescents puis jeunes adultes. 

« Vous avez combien d’enfants ? »

« Trois » me dit-elle « mais ils sont grands maintenant. »

Je l’invite à me parler d’eux. Je n’ai pas besoin de la supplier, Laurence est ravie de me parler de ses enfants. Elle est très fière d’eux, « la prunelle de mes yeux » me confie -t-elle, « ils sont tous les trois très différents, ils ont tous les trois bien réussis et sont très indépendants ».

Plus Laurence me parle de ses enfants, plus j’ai l’impression qu’elle essaye de se convaincre de ce qu’elle dit. « Notre mission en tant que parent, c’est de les rendre indépendants, qu’ils soient autonomes. »

« Quand est parti votre dernier ? »  Je lui demande.

« Il y a deux ans à peu près » me répond-elle.

« Comment l’avez-vous vécu ? »

Et là, avec des trémolos dans la voix, Laurence me raconte qu’elle ne comprend pas. Elle a pourtant l’impression d’avoir accomplis sa mission, rendre ses enfants indépendants et en plus, « ils sont tous les trois très heureux ». Elle me confie qu’elle était soulagée qu’ils quittent la maison, elle qui pendant plus de 20 ans s’est consacrée à leur éducation. « Attention, c’était mon choix », me dit-elle, elle ne s’est pas sacrifiée pour eux. Plus de machines à laver à faire, plus de caddies remplis à ras-bord, plus la course entre les activités sportives, l’école et les devoirs… Et puis, tout d’un coup, plus rien. Elle ajoute, l’autre jour, je faisais les courses et je me suis surprise à prendre machinalement le paquet de corn flakes préféré de l’un de mes fils et tristement, je l’ai reposé. Ce n’est pas la peine, il ne reviendra que dans 6 mois…

Alors, oui, maintenant, la maison est bien rangée. Chaque chambre est impeccable, plus de linge qui traîne par terre. C’est limite si elle ne préférait pas le temps où elle s’égosillait après ses enfants quand ils ne rangeaient pas leurs affaires.

Oui, son mari est toujours présent, fort heureusement. Mais, me dit-elle, il comble le vide en s’asphyxiant de travail. On s’aime toujours beaucoup mais quand il rentre, il fait son administratif et quand enfin, il s’arrête, il va se coucher tellement il est fatigué. 

« En plus, nous avons eu les enfants jeunes. Beaucoup de nos amis ont encore les leur à la maison, ils ne comprennent pas. Tout le monde me dit que c’est normal que nos enfants quittent la maison, qu’on n’a pas fait des enfants pour les garder près de soi. »

Laurence vit de plein fouet le syndrome du nid vide. Tout d’un coup, elle ne sent plus utile et cette maison vide, certes impeccable est vide de vie. Alors Laurence compense sur son chat. Moustache se laisse faire mais décompresse en se léchant frénétiquement. Ce n’est pas la peine de culpabiliser Laurence. Tous les gestes affectueux, tous les câlins qu’elle faisaient à ses enfants, elle les adresse à Moustache. Et Moustache, il sature ! 

J’essaye de lui faire comprendre ce trop-plein. Je lui suggère et je sais que cela va être très difficile de ne plus toucher Moustache, de ne plus le prendre dans les bras pendant au moins 3 semaines. L’objectif est de faire baisser la pression, de le laisser venir vers elle et même s’il se couche sur ses genoux ou à côté, de ne pas le caresser. Je lui explique que ce n’est pas l’homme qui a apprivoisé le chat mais bien lui qui nous a apprivoisé. Il faut le laisser venir vers nous, à son rythme, quand il le souhaite.

Laurence est jeune. Ne serait-il pas temps qu’elle s’occupe d’elle et de prendre soin d’elle ? « C’est vrai », me dit-elle, « quand j’étais jeune, j’adorais faire du cheval mais après avec les enfants, je n’avais plus le temps ou je ne voulais plus prendre le temps de faire cette activité ». Tout d’un coup, je vois une lueur d’espoir dans ses yeux, mais oui, elle n’y avait même pas pensé, pourquoi ne pas pratiquer cette activité qu’elle aimait tant ? « Et puis », lui dis-je « cette activité est très thérapeutique, vous allez pouvoir toucher, rentrer en contact avec un autre animal que Moustache ».

Aux dernières nouvelles, Laurence s’est remise à faire du cheval. Moustache se lèche beaucoup moins et il semblerait que son poil recommence à pousser. « Et puis, quand il se lèche », me confie-t-elle, « c’est mon signal d’alarme, est-ce que je suis trop focus sur lui, est-ce que je suis en train de compenser trop de choses sur lui ? »

Animalement vôtre,

Karine Marcopoulos

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C’est l’histoire de Delphine et d’Emilie…

Delphine me contacte car elle souhaite avoir des conseils pour l’adoption d’un chaton.

J’arrive dans leur appartement et fais la connaissance de Delphine et de sa fille, Emilie, une jeune adolescente de 15 ans.

L’appartement est spacieux, a de belles baies vitrées qui donnent sur des arbres. L’environnement semble parfait pour l’arrivée d’un chaton.

La mère et la fille sont assez complices et m’expliquent pourquoi elles veulent adopter un chat. Delphine voudrait un petit compagnon pour sa fille et une présence quand elle rentre de l’école. Divorcée, et comme toutes les mamans qui travaillent, Delphine culpabilise de laisser sa fille de longues heures seule. Elle avoue aussi que lorsque sa fille sera chez son père, la présence de ce petit chat comblera cette absence. Toutes les deux me disent qu’elles souhaitent un chat noir et blanc. Ce détail m’interpelle.

« Pourquoi noir et blanc ? » je leur demande.

Delphine et Emilie se regardent, semblent un peu confuses. J’observe des larmes dans les yeux de chacune.

Delphine hésite, prend sa respiration, elle a du mal à parler.

Je la rassure, lui dis que nous avons tout le temps. Alors elle me raconte qu’à Noël dernier, elle avait voulu offrir un chat à sa fille. Elle me dit tout de suite comme pour s’excuser : « Je sais ce que vous allez penser, que ce n’est pas bien ce que j’ai fait ». Elle avait donc acheté ce petit chat sur internet, pris un rendez-vous sur un parking. Le monsieur avait ouvert son coffre, plusieurs chatons s’y trouvaient. Comme pour se déculpabiliser, elle me confie qu’elle n’était pas la seule sur ce parking à vouloir adopter un chaton. Elle avait donc choisi une petite chatte noire et blanche. Elle la trouvait bien minuscule mais prise dans ses émotions et craquant devant ce petit être, elle l’avait ramené chez elle. Sa fille était folle de joie, elle qui réclamait un chat depuis des années.

Mais … Ce petit chat, il était bien faible. Il se pelotonnait dans leurs bras, tellement heureux de recevoir enfin de la chaleur humaine. Il réagissait peu, ne mangeait pas. En quelques heures, Delphine et Emilie sont passées de l’euphorie à l’inquiétude pour ce petit chat.

Alors le lendemain, elle l’a amené chez le vétérinaire qui a posé un diagnostic très sombre. Il n’était même pas sevré, avait des vers, un gros bidon…. Il avait essayé de faire des soins mais était très pessimiste. Delphine a ramené ce chaton à la maison qui a décliné très vite et s’est endormi pour toujours dans ses bras.

En se mouchant, elle me dit « Et en plus, il m’a coûté une fortune entre le prix que j’ai payé pour l’avoir et les frais de vétérinaire ».

Delphine voulait combler sa fille et son cadeau de Noël s’est terminé en drame. Je l’ai rassurée, elle lui avait au moins offert une fin paisible.

L’objectif était donc de ne pas commettre la même erreur. Je les ai conseillées d’aller dans un refuge où elles trouveront des chats à adopter. Je leur ai donné des conseils pour l’arrivée de ce nouveau chat. Ensuite, je leur ai demandé d’écrire chacune une lettre d’adieu pour le chat qui était décédé. Le prochain ne devait absolument pas le remplacer. Il devait avoir sa place et ne pas être le substitut du chat noir et blanc.

Aux dernières nouvelles, Delphine et Emilie ont adopté un chat roux de 6 mois dans un refuge. « Il est en pleine forme ! » s’exclame Delphine.

Elles ont bien compris qu’acheter un animal via internet, c’est quelque part contribuer à ce genre de commerce.

Animalement vôtre,

Karine Marcopoulos

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C’est l’histoire de Jean-Claude et Ulysse...

Jean-Claude me contacte car son Shar Pei, Ulysse est infernal.

Et c’est vrai, lorsque j’arrive dans son appartement, Ulysse se jette sur moi, s’agrippe à ma jambe. Pas méchant Ulysse, mais d’une force incroyable. Je demande à Jean-Claude de l’attacher et du coup, Ulysse se met à aboyer. « Pouvez-vous l’isoler pour que l’on puisse discuter tranquillement ? » Jean-Claude le met sur le balcon et Ulysse se met à gratter à la fenêtre frénétiquement.

Je sens une grande nervosité chez Jean-Claude, de l’agacement. « Je vous l’avais dit, il est infernal ! ». Je lui ai proposé de l’ignorer, de ne pas le regarder et seulement quand, il sera calme, Jean-Claude pourra lui ouvrir la porte. 

J’interroge sur l’histoire d’Ulysse. Il semblerait qu’il ait bien commencé dans la vie. La seule hypothèse que je peux émettre est qu’à 15 mois, il serait encore dans sa crise d’adolescence. 

Jean-Claude m’explique que lorsqu’il le promène, il tire comme un fou. D’ailleurs, sa femme ne veut pas le sortir. Il s’est même fait mordre par son propre chien. Je lui demande de me raconter la scène. Jean-Claude a une maison secondaire à la montagne et il baladait Ulysse en laisse, dans le petit village. Un chien a débarqué et commencé à agresser Ulysse. Jean-Claude a voulu séparer les deux chiens et du coup Ulysse s’est retourné contre lui. Pas de point de suture mais quand même un trou dans le jean.

Je lui explique que le comportement d’Ulysse est tout à fait normal. En fait, étant en laisse et ne pouvant fuir, Ulysse a redirigé son agressivité sur Jean-Claude. Je lui demande s’il connait ce chien. « Oui, c’est le chien de la ferme du village. Il est tout le temps en liberté. » « Est-il du même gabarit qu’Ulysse ? » « Oui ». « La prochaine fois que vous rencontrez ce chien, vous lâchez Ulysse. Ils vont peut-être se bagarrer mais au moins, ils vont s’expliquer. Un des chiens va se soumettre et cela sera réglé ».

Je sens bien que Jean-Claude est sceptique mais bon, il va essayer.

Je lève les yeux et découvre une très grande photo d’Ulysse, accrochée au mur du salon. Jean-Claude me confie qu’il est photographe. « Il avait quel âge Ulysse sur cette photo ? ». « Ce n’est pas Ulysse sur cette photo, c’est Apollo ». Je suis soufflée. C’est la copie conforme d’Ulysse ! Même bouille, même coloris de poil, même plis….

Je lui demande de me parler d’Apollo. Jean-Claude a les yeux qui s’humidifient. « C’était un super chien, me dit-il, rien à voir avec Ulysse. Il était calme, il ne fuguait pas. Quand je travaillais à mon bureau, il me laissait tranquille. Tout le contraire d’Ulysse. »

« Que s’est-il passé ? » 

« Il est mort à 4 ans en même pas 10 jours. Il a eu une piroplasmose. Le vétérinaire a tout tenté. Cela a été très brutal ».

Et la suite est que Jean-Claude est retourné un mois après son décès au même élevage et a acheté le clone d’Apollo. Même physique mais pas du tout le même tempérament.

« Jean-Claude, pensez-vous avoir fait le deuil d’Apollo ? »

Sa femme si discrète jusqu’ici, s’esclame : « On n’arrête pas de lui dire ma fille et moi qu’il n’a pas fait le deuil d’Apollo ! »

Jean-Claude est très gêné et même surpris de ne pas arriver à cacher ses émotions. J’explique à sa femme que justement c’est le rôle du comportementaliste d’aider « à faire le deuil » et que parfois on écoute plus une personne extérieure que sa propre femme ! J’essaye de rassurer Jean-Claude que le deuil, ce n’est surtout pas oublié son chien mais accepté son départ. Si injuste en plus, quand nos fidèles compagnons partent si tôt et de façon si brutale. Nous échangeons longuement sur le processus du deuil. Accepter, c’est aussi accepter ses émotions, les laisser venir, ne surtout pas les rejetter pour mieux les digérer. Je lui conseille d’écrire une lettre manuscrite à Apollo, de remémorier tous les bons souvenirs, tout ce qu’il aurait voulu vivre encore avec lui et de finir cette lettre avec le mot ADIEU. C’est important aussi qu’il prenne le temps d’écrire cette lettre quand il se sentira prêt. Et ensuite, détruire cette lettre dans un lieu qui symbolise Apollo. C’est un peu comme laisser partir des ballons vers le ciel. 

« OK, me dit Jean-Claude mais qu’est-ce que cela à voir avec Ulysse ? »

Nos animaux sont des vrais buvards émotionnels. Ulysse sent très bien qu’il n’est pas à sa place. Il a été choisi pour remplacer Apollo mais il n’est pas Apollo. Alors, il est infernal, comme les enfants qui préfèrent se faire punir pour attirer le regard de leurs parents. 

Nous convenons de faire un rendez-vous téléphonique dans 3 semaines car Jean-Claude repart dans sa montagne. Rien qu’au son de sa voix, je sens que Jean-Claude va mieux. Il m’explique qu’il avait à nouveau rencontré le chien de la ferme. Il avait donc détaché Ulysse qui s’est empressé de courir après lui. Il a retrouvé son chien sur l’autre qui s’était soumis. Depuis, lorsqu’Ulysse rencontre ce chien, ce dernier fait un écart et Ulysse l’ignore. Il a aussi écrit la lettre et l’a lue à sa femme. Il va bientôt la détruire, me dit-il. Il trouve qu’Ulysse s’est calmé et que leur relation commence à se tisser. Et pour finir, me confie-t-il, j’ai remplacé la photo d’Apollo dans le salon par la photo d’Ulysse. 

Animalement vôtre,

Karine Marcopoulos

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C’est l’histoire de Swan et Jango

Swan et Jango sont deux lévriers qui viennent du même élevage. Nathalie m’appelle car Jango est un chien très peureux.

A mon arrivée, Swan me fait la fête, Jango s’est caché sous la table, la queue entre les jambes. Je l’ignore et ne le regarde surtout pas dans les yeux pour ne pas être intrusive.

Pierre, le mari de Nathalie est assis sur le canapé. La télévision est allumée et le son est assez fort. Swan se couche à côté de Pierre qui lui met une couverture sur lui. Il fait pourtant très chaud, les fenêtres sont ouvertes mais Pierre me dit que ses chiens sont très frileux.

Nathalie me dit qu’elle a d’abord adopté Swan qui a tout de suite été très à l’aise dans ses patounes. « Un véritable amour », me dit-elle. Quelques mois après, l’élevage les contacte car des personnes qui lui avaient acheté un chiot lui ont ramené. C’était Jango qui avait un peu plus de 6 mois. Nathalie et Pierre se sont empressés d’aller chercher Jango. Ils ont bien remarqué que Jango à l’élevage était très craintif. Ils se sont dit qu’en étant en contact avec Swan, Jango prendrait confiance.

Au fur et à mesure que nous discutions, Jango s’est approché, est monté sur le canapé et a pris refuge sous la couverture, à côté de Swan. On aurait dit deux jolies petites biches lovées l’une contre l’autre. Je continuais à l’ignorer. Je savais qu’avec un seul regard, il serait parti se cacher.

Pierre et Nathalie étaient surpris qu’il ose venir sur le canapé alors que je n’étais qu’à un seul mètre. Je leur explique que dans mon attitude, je ne suis pas intrusive et qu’il ne se sentait pas agressé puisque je ne le regardais pas dans les yeux.

« A la maison, ça va à peu près », me dit Nathalie, « mais impossible de le sortir, il est tétanisé. Si bien qu’il fait ses besoins chez nous ».

Nathalie m’explique qu’ils sont très malheureux de voir Jango si terrorisé, qu’ils aimeraient qu’il puisse sortir avec « son frère », aller faire des promenades. Cela les affecte beaucoup. Ils supposent qu’il a été maltraité chez ses anciens propriétaires mais ne sauront jamais réellement ce qui s’est passé.

Le son de la télévision était toujours très fort et je leur demande pour quelle raison. « Si Jango entend des bruits de la rue, il prend peur et va se cacher. » Je leur ai proposé de l’éteindre, ce qu’ils ont fait. 

« Au moindre bruit qui pourrait effrayer Jango, vous ne réagissez pas, vous faites comme si vous n’aviez rien entendu. Jango va vous regarder, vous l’ignorez. » Je sentais que Pierre et Nathalie étaient inquiets, n’arrêtaient pas de regarder Jango.

Leur appartement donnait sur une cour et une personne était en train de déplacer une poubelle, ce qui faisait beaucoup de bruit. Jango a sursauté, regardé Pierre et Nathalie. Nathalie s’est empressée de lui dire « ce n’est rien Jango ».

Il a fallu une longue explication pour que Pierre et Nathalie comprennent que plus on rassure un chien, plus on lui donnait raison d’avoir peur. Ils ont fini par en convenir mais cela ne correspondait pas à leurs habitudes. Dès que Jango avait peur, ils le prenaient dans leurs bras. Nouveau bruit. Jango sursaute, regarde ses maîtres. Je leur demande de me regarder et d’ignorer Jango. Pas de réaction de ses maîtres, il se recouche presque aussitôt près de Swan. 

L’objectif était justement d’habituer Jango aux bruits de la ville dans son cocon familial.

Fort heureusement, leur appartement donnait sur une cour intérieure sécurisée. Il fallait descendre un escalier de plus de 30 marches pour y accéder. Je leur propose de se rendre dans la cour. Swan nous suit avec grand plaisir. Jango reste en haut des escaliers, figé. Je leur demande de se cacher et de l’appeler. Je reste 3 marches en dessous de lui et pose une friandise sur la première marche. Pendant, 5 minutes, pas de mouvement de la part de Jango et puis, enfin, il prend la friandise. J’en dépose une nouvelle deux marches en dessous. Temps d’arrêt puis Jango descend les 2 marches pour prendre la friandise et remonte aussi tôt. 3 pas en avant, 2 pas en arrière. Cela prend un long moment. Lorsqu’un chien a peur, c’est très important d’aller à son rythme et impératif qu’il puisse repartir en arrière dans sa zone de confort.  Jango descend 5 marches, en remonte 3 aussi tôt. Et enfin, Jango descend dans la cour, accueilli par Swan qui l’invite à jouer. Pierre et Nathalie avaient les larmes aux yeux, tellement heureux que Jango accepte enfin d’aller dans la cour. Celui-ci s’est mis à courir avec Swan. J’avais l’impression de voir deux petites biches caracoler.

Nous ne sommes pas restés longtemps dans la cour. Jango avait fait une grande avancée, mais il fallait surtout respecter son seuil de sensibilité. 

Je leur propose de faire cet exercice tous les jours. Lorsqu’enfin, il se sentira en sécurité dans la cour, ils pourront commencer à sortir dans la rue, toujours en respectant son seuil de sensibilité. Et le jour où enfin, il fera ses besoins dehors, un grand cap sera passé. Cela signifiera que Jango est suffisamment en confiance pour se soulager.

Aux dernières nouvelles, Jango accepte de mettre son harnais et sort dans la rue. Il reste toujours craintif mais prend confiance de plus en plus. Je n’oublierai jamais les larmes de joie de Pierre et de Nathalie.

Animalement vôtre,

Karine Marcopoulos

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C’est l’histoire de Minette

Laure me contacte pour avoir quelques conseils au sujet de son chat.

J’arrive dans un appartement modeste au rez-de-chaussée et Laure m’accueille très chaleureusement. Son mari est assis à la table du salon. Il respire grâce à une machine à oxygène. Son teint est très pâle et ses yeux pétillent de gentillesse. Minette monte sur la table du salon, se frotte à son maître et me regarde avec curiosité. C’est un chat noir européen, une très jolie petite panthère, de 4 ans environ. Elle semble être en pleine forme.

Laure reste debout, derrière son mari, et lui adresse régulièrement des gestes affectueux. 

Laure me demande si je veux boire quelque chose. J’accepte un verre d’eau qu’elle pose sur la table. Minette s’empresse de vouloir boire et commence à vouloir mettre sa patte dedans. Le monsieur la repousse gentiment en riant. J’observe que cette petite chatte leur apporte un joli rayon de soleil dans leur vie.

Laure me raconte qu’un soir d’été, elle regardait la télévision, la fenêtre était ouverte et Minette est rentrée dans leur appartement. Elle n’est jamais repartie. Laure a bien sûr vérifié auprès de son vétérinaire si elle était pucée. Personne ne l’a réclamée, du coup ils l’ont gardée.

En même temps que Laure me parle, Minette saute d’un meuble à l’autre, miaule un peu et finit par se coucher sur la télévision devant la fameuse fenêtre par laquelle elle est arrivée un soir d’été. « C’est sa place », me dit Laure. « Quand la fenêtre est ouverte, les gens s’arrêtent pour la regarder et engagent la discussion avec nous ». Minette leur apporte en plus de sa belle présence, un contact avec l’extérieur. Je commence mon questionnement et à mon étonnement, tout va bien. Minette n’est pas agressive, n’est pas malpropre, ne griffe pas les meubles…si bien qu’au bout d’un moment, je leur demande « quel est le problème ? » et ils me répondent en cœur « mais il n’y en a pas ! ». 

Je vous avoue que j’étais un peu surprise. S’il n’y avait pas de problème, pourquoi m’ont-ils contactée ? Fort heureusement, il y avait sur les murs du salon plein de photos : de bergers allemands et des chats européens. C’étaient les animaux qu’ils avaient eu tout au long de leur vie. Alors, ils m’ont parlé de chacun, des souvenirs heureux qu’ils avaient partagés pendant leurs soixante ans de mariage. « Nous ne voulions plus d’animaux, me disent-ils, nous sommes trop vieux ». Mais par enchantement, un miracle est arrivé, cette petite Minette. Leur inquiétude est de savoir ce qu’elle deviendra lorsqu’ils ne seront plus là. Je les rassure sur la résilience de nos animaux à pouvoir s’adapter dans un nouvel environnement. Cette petite Minette saura très bien s’acclimater dans un nouveau foyer comme elle a déjà su le faire.

Ce couple avait envie de me parler de leurs animaux qu’ils avaient beaucoup aimé et voulaient s’assurer que Minette était heureuse chez eux. Je les ai bien sûr rassurés. Minette par sa vitalité leur apportait de l’énergie, de l’affection et des moments de rigolade. Merci Minette, merci la vie. 

Animalement vôtre,

Karine Marcopoulos

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C’est l’histoire de Maewa et Kali.

Maewa me contacte car son chien Kali devient agressif.

J’arrive dans une famille avec deux enfants. Kali est un croisé de petite taille. Kali a 10 ans et souffre de plusieurs symptômes : otite aigue, crises d’épilepsie, son arrière-train tangue et il devient malpropre.

Il est bien sûr suivi par un vétérinaire qui après plusieurs examens, a diagnostiqué des troubles neurologiques. 

Maewa me contacte car elle est inquiète pour ses filles. A deux reprises, l’une d’elle a failli se faire mordre par Kali.

J’observe Kali qui ne me manifeste peu d’intérêt. Je commence mon anamnèse tout en restant vigilante sur les mouvements de Kali et des 2 petites qui jouent autour de lui. Je remarque que Kali s’immobilise, ses yeux ont l’air de regarder dans le vide et il se met à faire pipi. Je demande à Maewa et à son mari s’ils ont remarqué son moment d’absence. Ils ont bien vu qu’il avait fait pipi mais n’ont pas vu que Kali pendant quelques secondes n’était plus avec nous. 

Maewa est très affectée. Le pronostic du vétérinaire est plus que sombre, il conseille même d’arrêter, mais elle n’arrive pas à l’accepter. Elle est effondrée. 

Je vois bien que l’une des petites, Lola 9 ans fait semblant de jouer et écoute ce que ses parents disent. A un moment, elle me tend son carnet intime et je lis dans ses mots d’enfant « ce n’est pas grave si Kali a essayé de me mordre, je l’aime quand même ». Les deux tentatives d’agression se sont passées sans raison apparente, Lola a voulu le caresser et Kali l’a mordue : heureusement la première fois, elle a eu le réflexe d’enlever son visage, la deuxième, il l’a faite saigner au doigt. 

Le mari de Maewa a déjà pris sa décision. Je sens beaucoup de compassion envers sa femme mais la priorité, c’est la sécurité de ses filles.

Mais Maewa est inconsolable. Ce n’est pas possible.

Je demande « pourquoi vous avez adopté ce chien ? » Maewa me raconte que son mari lui a offert à Noël, il y a dix ans. « Nous venions d’avoir une année très difficile. Je venais de faire deux fausse-couches à plusieurs mois de grossesse ». « Et en plus, me dit Lola, c’étaient des garçons ! » 

Quand on dit que la vérité sort de la bouche des enfants ! Merci Lola.

Ultime choix qui réveille deux autres deuils anciens pour Maewa : « Que vaut-il mieux Maewa décider d’arrêter aujourd’hui et de garder de bons souvenirs de Kali ou de toute façon être obligé à moyen terme de prendre cette décision mais en gardant des mauvais souvenirs ? »

Les petites filles étaient en effet trop jeunes pour observer, comprendre les moments d’absence de Kali. Ces moments où il n’était plus là, où il risquait d’être agressif. Comme tous les enfants, elles étaient pleines de vie, jouaient par terre et mettaient leur tête près de la gueule de Kali sans y prêter attention.  

Les animaux sont une belle leçon de vie pour les enfants : ils leur apprennent qu’ils ne sont pas éternels, prennent également conscience que leurs parents ne sont pas éternels et eux aussi. Lola avait 9 ans. Il était aussi très important qu’elle comprenne que Kali était déjà un vieux chien alors qu’il n’avait qu’un an de plus qu’elle. C’était très important de lui expliquer que l’espérance de vie n’était pas la même chez nos chiens que chez nous, les humains.

Nous nous sommes revus Maewa et son mari quelques jours plus tard sans la présence des filles. Kali avait mordu Maewa. Elle savait qu’elle n’avait plus le choix. Je lui ai parlé du deuil, des phases du deuil, comment accepter le départ de Kali.

 Je l’ai aussi beaucoup rassurée pour Lola. Le deuil chez les enfants comme chez les animaux est beaucoup plus naturel pour eux.  Je lui ai conseillé de lui acheter un nouveau journal intime où elle pourra écrire toutes ses émotions, libre à elle de le montrer à ses parents.

Je les ai invité également à faire un livre photos de Kali, à disposition de tous les 4 ; chacun pouvant le consulter quand il le souhaite en espérant qu’il suscitera des récits de souvenirs heureux.

Ma journée avec les Gamelles Pleines…

En tant que présidente et vice-présidente de notre association ANCA, les Gamelles Pleines nous ont invitées Ninne et moi à assister à une journée festive.

Gamelles Pleines est une association qui distribue des croquettes aux animaux des personnes en grande précarité. Sa mission première est de rentrer en contact avec ces personnes grâce à leurs animaux, en grande majorité des chiens. En plus, de la distribution de croquettes, des soins vétérinaires, c’est avant tout le contact social que recherchent les bénéficiaires.

J’avoue qu’en premier temps, j’étais assez sceptique. Que pouvais-je apporter en tant que comportementaliste ? 

La journée se passait au Samu social de Paris et je faisais la rencontre de bénévoles : Kevin, Katy, Candice … tous très dynamiques, m’accueillant avec beaucoup de chaleur. Ils m’ont tous remercier de ma présence alors que je ne venais qu’une journée. J’apprenais que ces bénévoles assurent une distribution de croquettes tous les mardis place de la République, font aussi des permanences avec des vétérinaires pour assurer des soins aux animaux, organisent également des maraudes pour rencontrer des SDF … des personnes qui ont le cœur sur la main, humaines, prêtes à intervenir en cas d’urgence alors qu’elles ont un travail, une famille à côté.

Tout un monde que j’ignorais. 

Oui, bien sûr, j’ai déjà croisé des SDF, donné quelques pièces mais jamais, je n’ai pris le temps de discuter avec l’un d’entre eux. Autant vous dire que je sortais de ma zone de confort. Et puis par mon histoire, cela faisait rejaillir des souvenirs de quelqu’un de très proche que personne n’avait pu aider.

Parce qu’on les appelle les invisibles, ceux que l’on remarque à peine … 

Plusieurs activités leur étaient proposées, l’objectif principal était de créer un lien.

Il y avait ceux qui étaient enclin à la discussion, ceux où je sentais que je ne devais pas être trop intrusive, ceux qui restaient en retrait. Quelle a été ma surprise d’entamer la discussion assez facilement finalement avec la majorité des bénéficiaires parce que justement ils avaient un chien. Mes premières questions portaient sur l’histoire de leur chien et petit à petit, je les questionnais sur la relation qu’ils entretenaient avec lui … J’ai eu bien sûr des fins de non-recevoir comme une dame qui m’a répondu « je croyais que l’on ne parlait que des chiens ici » mais beaucoup d’entre eux avaient envie ou besoin de se confier. 

Lorsque je me remémore cette journée, je n’ai pas entendu un seul d’entre eux se plaindre. 

Et puis, ces chiens, quelle force de résilience ! Certes, ce sont tous en majorité des gros gabarits, assez réactifs parce que leur mission première est de protéger leurs maîtres. Le monde de la rue, ne l’oublions surtout pas est très violent. J’ai posé une question naïve « Quelle est leur espérance de vie ? » Et Katy m’a répondu des chiens ou des bénéficiaires ? 

Là encore, les chiens nous démontrent qu’ils sont capables de s’adapter à tout environnement. La majorité était en bonne santé et j’ose dire plus propres que leur binôme. Bien souvent, les personnes en grande précarité ont un animal parce qu’il génère beaucoup plus d’empathie que si elles étaient seules. Certains me confiaient que leur chien « était toute leur vie ». Ils ne sont pas jugés par leur chien. Il leur apporte de la chaleur, du réconfort, toujours fidèle, toujours présent. 

Cette journée m’a rappelé que tous ces bénéficiaires restent des humains. Oui, bien souvent, des personnes cassées, mais ce sont des hommes et des femmes. Je me souviens en particulier d’une jeune femme qui n’avait que 30 ans. Cela aurait pu être ma propre fille. 

Depuis ce jour, si je rencontre un SDF avec son chien, j’ose venir vers lui et essaye de rentrer en contact avec. Parler avec lui juste 5 minutes.

N’hésitez pas non plus à soutenir Les Gamelles Pleines. Si par hasard, vous passez un mardi soir place de la République et que vous avez un collier, une laisse que vous n’utilisez plus, apportez-leur.

Animalement vôtre,

Karine Marcopoulos

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Martine et Billy

C’est l’histoire de Martine et de son chien Billy, un cocker, de 4 ans environ.

Martine me contacte car son chien ne peut pas rester seul.

Lorsque je rentre dans l’appartement, Martine me propose un café que j’accepte. Billy vient me respirer mais est assez indifférent. Martine m’apporte le café et nous nous asseyons l’une en face de l’autre. J’observe Billy, il va se coucher tranquillement loin de Martine.

En plus des aboiements pendant des heures, Billy détruit tout ce qui lui est accessible lorsqu’il est seul. Il peut être très ingénieux dans ses bêtises comme tirer sur la nappe du salon et faire tomber le pot de fleur qui était dessus ! Martine me montre des photos qu’elle a prises de son appartement et c’est vrai que Billy peut faire un véritable carnage. Le plus inquiétant, c’est qu’il est capable de se mettre en danger comme avaler des morceaux de tissus…

Ma première interrogation est de savoir si Billy souffre d’anxiété de séparation ou d’ennui ? Billy est suffisamment promené le matin, le midi et le soir. Il rencontre et joue avec d’autres chiens. Billy dort dans le couloir et pas dans la chambre de Martine, mange après elle. Bref, les critères sociaux semblent être respectés. Il ne la sollicite pas constamment. Ils ont tous les deux une très belle relation. Je ne constate pas un hyper attachement qui pourrait déclencher cette anxiété de séparation. Martine ne fait aucun rituel lorsqu’elle quitte l’appartement. Billy a été adopté parce que Martine a toujours vécu avec des chiens.

Et puis me dit Martine, « il ne fait des bêtises que lorsque je vais au travail. Si je m’absente pour faire des courses, je retrouve l’appartement dans le même état que lorsque je suis partie ». Premier indice.

« Et depuis combien de temps fait-il des bêtises ? »

« 10 mois environ… »

Deuxième indice.

Mon questionnement se focalise sur Martine.

Et elle me raconte son histoire. Martine a été infirmière jusqu’à l’âge de 40 ans. Elle a dû faire une reconversion car elle a perdu la vue. Pas complètement me dit-elle, elle distingue encore les formes mais plus les couleurs, ne peut plus lire, plus conduire… Je reste sans voix. Cela fait plus de 45 minutes que je suis assise devant elle et je n’avais pas remarqué qu’elle ne voyait pas. Je me permets de lui témoigner mon admiration. Elle me sourit, « c’est normal » me dit-elle, « je suis dans mon appartement ».

Elle m’explique qu’elle a suivi des études pour devenir kinésithérapeute. « Au moins, me dit-elle je peux travailler avec mes mains et je n’ai pas besoin de mes yeux. »

Mais depuis deux ans, elle commence à avoir mal aux mains. Elle s’est fait opérer. Elle n’avait plus mal mais depuis une petite année, la douleur est revenue. Et c’est l’angoisse de partir travailler et d’avoir mal dans les mains. Cela la terrorise. Que va-t-elle devenir si elle ne peut plus exercer, elle qui vit seule et qui est à 5 ans de la retraite ?

Ce stress avant de partir au travail parce que Martine se pose la question tous les jours, vais-je pouvoir bien soigner mes patients, elle le communique à Billy. Sans bien sûr la culpabiliser, je lui explique que le chien détecte nos propres émotions. Ce sont des vrais buvards émotionnels. Ils savent si nous sommes contents, tristes, énervés… Le chien est même capable de détecter le cancer, des virus… C’est pour cela qu’il existe des chiens d’assistance qui ont été formés pour prévenir son binôme si celui-ci va faire une crise d’épilepsie, par exemple.

Pour essayer de décharger ce stress, Billy hurle, détruit tout ce qu’il peut.

Mais, comment peut faire Martine alors qu’elle subit à nouveau un problème médical indépendant de sa volonté ? Cette prise de conscience, même si elle est douloureuse pour Martine va beaucoup l’aider. Elle comprend enfin pourquoi son chien réagit comme cela.

Et puis, quelles solutions peut-elle envisager ? N’a-t-elle pas droit à un mi-temps thérapeutique ? A une retraite anticipée ayant un handicap ? Plein de questions à lesquelles, je n’ai pas de réponses mais qui lui permettent de regarder le problème différemment. En lui posant certaines questions, en lui faisant prendre du recul, Martine convenait petit à petit qu’il existe sûrement des solutions.

Nous avons travaillé ensemble comment se mettre dans des émotions positives au moment du départ au travail, entre autres. Martine a également investi dans une barrière de protection pour s’assurer que Billy ne se mette pas en danger.

Elle avait pris également rendez-vous auprès de sa caisse de retraite pour faire un point sur ses droits…

Bien souvent, nous sommes focalisés sur le problème et nous ne voyons plus qu’il peut y avoir des solutions. C’est le rôle du comportementaliste, de permettre à nos clients d’avoir un autre regard et aussi d’envisager qu’il existe un possible.

Animalement vôtre,

#problemedecomportementchien#anxietedeséparation#relationhommeanimal#comportementaliste#comportementalisteiledefrance

Schweppes

C’est l’histoire de Schweppes, une adorable golden de 15 mois. Ses propriétaires me contactent car elle n’est toujours pas propre la nuit. Ils vivent en appartement. Je pose un certain nombre de questions pour faire le bilan comportemental. Rien à signaler sauf que…

Schweppes est sortie le matin, le midi et a droit tous les jours vers 17h00 à une belle balade de plus d’une heure dans un parc où elle est détachée et peut se défouler. Elle est capable de rester plus de 6 heures dans la journée sans accident. Mais …

« Si je comprends bien, la dernière sortie de votre chienne est à 17h00 ? Qu’est-ce que vous faites le soir avant de vous coucher ? »

Le couple se regarde et ils ont tous les deux compris. Parfois, nous sommes tellement focalisés sur le problème que nous n’arrivons pas à prendre du recul. Le comportementaliste est là justement pour vous aider à prendre conscience du véritable problème : il manquait juste une dernière sortie hygiénique !

Dans ce cas, un seul rendez-vous a suffi et aux dernières nouvelles, Schweppes est propre la nuit.

Nathalie, Puppie et Réel.

C’est l’histoire de Nathalie qui m’appelle parce que son chat ne mange plus depuis deux mois. Elle a pourtant consulté à plusieurs reprises son vétérinaire qui ne trouve rien. Il lui conseille de consulter un comportementaliste. En arrivant chez Nathalie, je découvre Puppie, un Yorkshire de 2 ans et Réel, un persan de 6 ans. Nathalie est très mince, fragile, marche doucement. Puppie ne tient pas en place, la sollicite tout le temps, monte sur ses jambes, amène ses jouets. Réel est d’une maigreur effrayante. En questionnant Nathalie et plus particulièrement sur les événements qui ont pu se dérouler ses deux derniers mois, j’apprends qu’elle a subi un traumatisme. Elle a fait un infarctus et son cardiologue lui a posé 3 stents. Il lui dit qu’elle est soignée comme tout son entourage, mais Nathalie n’arrive pas à s’en remettre moralement. Elle est restée figée sur ce traumatisme et psychologiquement ne va pas bien du tout. Elle ne mange plus depuis deux mois et quand elle me montre son lit, elle me dit qu’il est trop grand, qu’elle voudrait qu’il soit plus petit avec des planches de chaque côté et également une sur le dessus. Je lui demande « vous savez ce que vous êtes en train de me décrire ? » et me répond « oui, à un cercueil ». Et Nathalie me confie toute sa vie, un peu honteuse et me posant souvent la question « mais vous êtes psy ? ». Je lui réponds que non et lui explique que les comportements de ses animaux sont une réponse à ce qu’ils vivent. C’est leur manière de dire que Nathalie ne va pas bien. J’essaye de lui expliquer ces comportements adaptatifs sans bien sûr, chercher à la culpabiliser. 

Nathalie me raconte qu’elle a follement aimé son mari et qu’elle l’avait trompé. Il s’en était rendu compte et l’avait quittée. Elle ne s’est jamais remise de cette séparation et parle de lui comme étant l’homme de sa vie. Elle me raconte qu’elle a eu un fils avec lui, qu’ensuite elle s’était faite avorter à deux reprises et qu’elle ne se pardonnait toujours pas 40 ans après « d’avoir tué ses deux bébés ». Elle a également perdu ces deux dernières années une petite chienne qui était un Yorkshire et un chat européen. Elle me montre les deux urnes posées sur le meuble du salon bien en évidence : deux boîtes avec la photo de chaque animal dessus. 

Elle a pris conscience au fur et à mesure de notre rendez-vous que tant qu’elle n’ira pas bien, ses animaux manifesteront ces comportements, comme l’anorexie chez son chat. Le deuil de sa petite chienne et de son chat n’est pas fait. Puppie restera infernale si Nathalie n’accepte pas ces deuils.  

Mes hypothèses sont qu’elle a subi un traumatisme en découvrant sa maladie il y a deux mois, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Elle doit faire le deuil que son corps ne sera plus le même et accepté cette maladie. Mais ce traumatisme a fait resurgir d’autres deuils qu’elle avait mis « sous cloche » comme la séparation avec son mari, ses avortements et le départ de ses deux derniers animaux. A chaque nouveau deuil, ses souffrances s’amplifient comme si elle n’arrivait plus à mettre de filtres et Nathalie semble s’éteindre à petit feu. Sa culpabilité est tellement forte qu’elle s’interdit d’être heureuse. Elle se punit elle-même d’avoir commis « toutes ces fautes ». Je lui ai demandé ce qu’elle souhaitait aujourd’hui, « que je grossisse » me répond-elle. Elle a convenu d’elle-même qu’elle avait besoin d’aide, besoin de parler pour « mettre des mots sur ses maux ». Elle a compris que ses animaux étaient les porte-parole de sa dépression. 

Nous avons réagencé, entre autres, les positions des gamelles qui étaient trop proches de la litière.  

Pascal et ses chats.

Le métier de comportementaliste nous permet de franchir des portes que nous n’ouvrirons jamais pas dans notre vie quotidienne. Nous pénétrons dans de nouveaux mondes. Il faut savoir s’adapter à toute personne, quel que soit son niveau de vie…

Cette fois-ci, mon rendez-vous se passe dans le 2ème arrondissement, chez Pascal. Je rentre dans un splendide appartement et découvre 4 chats magnifiques : un Maine Coon, deux siamois et un Ragdoll. Autant vous dire que je prends sur moi pour ne rien montrer car je fonds littéralement sur ces merveilles. La cause du rendez-vous est que l’un des siamois fait pipi en dehors des litières et agresse l’autre Siamois.

Très élégant, Pascal a une autorité naturelle, qui ne se livre pas facilement.

Pascal attend de moi des réponses concrètes comment faire pour que son chat fasse dans sa litière. Je sens que je dois avancer prudemment dans mon questionnement car pour Pascal, seuls les chats ou du moins un des chats a un problème.

J’interroge sur l’histoire des chats, sa relation… A chaque fois que nous parlons d’un des chats, Pascal le prend dans ses bras. Tout le monde est au garde à vous et chacun doit répondre à ses attentes même si le chat en question est en train de dormir profondément.

En 2 ans, Pascal a adopté ces 4 chats et va bientôt en avoir un cinquième.

Puis, la question, « vous avez eu d’autres animaux avant ces chats ? »

Je remarque presque un sursaut chez Pascal. Je crois qu’il hésite entre me répondre ou m’envoyer balader. Dans ces moments où je sens un blocage chez mes clients, je prends un ton très calme et essaye d’avoir le plus de bienveillance possible pour qu’ils se sentent en confiance. Bien souvent, je commence par « vous me dites si je vais trop loin mais j’ai besoin de savoir pour comprendre… »

Et là, Pascal me raconte qu’il a eu un Dog Allemand quand il était petit, qu’il adorait. Je vois des larmes dans ses yeux. Il le prenait dans ses bras et me mime le geste avec ses deux bras comme s’il entourait le chien. Et puis, ce chien est décédé lorsqu’il avait 8 ans. Il avait eu tellement de chagrin qu’il ne se nourrissait plus et était tombé dans une dépression.

Et Pascal parle, parle … Comme s’il attendait qu’on appuie sur le bouton « on » et déverse toutes les émotions qu’il avait contenu depuis des années.

Il me dit également qu’il a choisi d’adopter des chats parce qu’en appartement, un chien ce n’est pas possible. Je n’ai même plus à poser de questions. Il fait le déroulé tout seul. Et puis, à chaque chat, il essaye de les prendre dans ses bras et comme le chat ne se laisse pas faire, il en achète un autre. Et là, il me mimme le geste. Je l’arrête « vous avez vu le geste que vous avez mimé, c’est exactement le même que vous faisiez avec votre chien ? ». Je vois dans ces yeux le déclic. J’adore ce moment du rendez-vous où mes clients comprennent, même pas besoin de développer. Ils ont pris conscience du déclencheur de tel ou tel comportement et surtout de la relation de leur comportement avec celui de leur animal.

Parce que dans ce rendez-vous, le problème, ce n’est pas le problème de propreté d’un des chats. Le problème est que tant qu’un de ses chats ne répondra pas à ses attentes, tant qu’il ne pourra pas prendre son chat dans les bras comme avec son chien, il en achètera un nouveau. Jusqu’à avoir « le chat de trop », celui qui déséquilibre l’entente entre les chats, celui qui va faire pipi partout….

Même 30 ans après, Pascal n’avait toujours pas fait le deuil de son Dog Allemand.

Être comportementaliste, c’est réussir à « faire crever l’abcès » tout en douceur, en bienveillance. Bien souvent, je sens mes clients réfractaires. Je ressens bien chez eux qu’ils ne veulent pas lâcher prise. Je sens même parfois que c’est limite s’ils n’ont pas envie de me mettre à la porte, qu’ils ne veulent pas que je rentre dans leurs jardins secrets. Et quand enfin, certains se libèrent, quand enfin ils se dévoilent, quelle délivrance. Ils sont eux-mêmes surpris de cette prise de conscience, de ce qu’ils s’étaient cachés à eux-mêmes. Ils sont même surpris d’avoir réussi à parler devant leur femme ou leur mari, leurs enfants … La famille se cristallise et c’est un travail d’équipe qui se met en place qui permettra de faire évoluer le comportement de leur animal.

Topaze et ses maîtresses.

Topaze a été adopté par une famille avec 3 adolescentes. Il avait un an lors de notre premier rendez-vous. Celui-ci acceptait de sortir avec son maître et de se balader tranquillement. Si une des filles ou la femme voulaient le promener, Topaze refusait de sortir de l’immeuble. En questionnant les différentes personnes, je me suis rendu compte que la maman et ses filles avaient peur des chiens. C’est pour cette raison qu’elles avaient adopté un chien pour ne plus en avoir peur. Elles n’avaient pas peur de leur propre chien mais continuaient d’avoir peur des autres, et cette peur, elles la transmettaient à Topaze. Le mari en revanche, avait toujours vécu avec des chiens et n’en avait pas peur. Le petit chien acceptait de sortir avec lui. En plus de cette prise de conscience, j’ai aidé chacune d’entre elles grâce aux techniques de la PNL à reprendre confiance en elles, à travaillé sur leur posture d’excellence. Aux dernières nouvelles, Topaze adore être promené par ses maîtresses.

Véronique et Filou

C’est l’histoire de Véronique et de son chien Filou. Véronique me contacte sous les conseils de son vétérinaire car son chien Filou est très agressif envers ses congénères. J’arrive dans un joli appartement et me retrouve devant une femme élégante de plus de 60 ans. Son chien Filou m’accueille très calmement, limite s’il s’intéresse à moi. Il se couche dans son panier comme si de rien n’était. C’est un croisé avec des yeux magnifiques, de 15 kilos environ et âgé d’une dizaine d’années. Je demande à Véronique de me parler de l’histoire de Filou. Et en fait, elle n’en sait pas beaucoup. Il s’est retrouvé dans un refuge à ses 10 ans, semble avoir reçu une éducation puisqu’il répond à certains ordres. Véronique souhaitait un nouveau chien puisque le sien était décédé de vieillesse depuis deux ans. Elle avait adopté Filou depuis 6 mois environ. Il s’était bien adapté à son nouvel environnement. Cependant, il manifestait de plus en plus de l’agressivité dès qu’il rencontrait un nouveau chien quel que soit la taille et le sexe. Véronique avait du mal à le maitriser, au risque même de tomber tellement il pouvait être en furie dans ces moments là. Commence alors mon questionnement sur son histoire : Elle est veuve depuis plus de 7 ans. Son mari est décédé à la suite d’une longue maladie. Ce chien a été adopté par son fils. En effet, Véronique avait contacté plusieurs refuges qui ne souhaitaient pas lui confier un chien, étant selon eux, trop âgée. C’est donc son fils qui a choisi Filou et qui lui a apporté le jour de son anniversaire. C’était la dernière fois qu’elle voyait son fils. Il s’est suicidé trois mois plus tard. Véronique en même temps qu’elle me parle appelle son chien et le fait assoir à côté d’elle sur le canapé. Elle a besoin d’avoir un contact physique avec lui au fur-et-à mesure qu’elle me raconte ces épreuves si difficiles. Elle a besoin de le toucher, de sentir sa présence pour se donner du courage, se sentir moins seule. Elle me confie qu’elle adore regarder la télévision et l’avoir tout près d’elle. Sa chaleur, sa présence, la soulagent, la réconfortent. Elle m’avoue également qu’elle a peur de le perdre et qu’elle a besoin d’être toujours en contact avec lui. Elle ressent un besoin viscéral de le protéger. Petit à petit, en lui posant certaines questions, Véronique prend conscience que Filou représente le dernier lien vivant de son fils. Perdre Filou, c’est perdre une deuxième fois son fils. Elle n’a pas pu le sauver, elle doit donc impérativement réussir à sauver Filou. En surprotection à la maison, Filou manifeste comme comportement adaptatif une protection de sa maîtresse à l’extérieur. A son tour de la surprotéger. Cette prise de conscience a permis à Véronique de considérer Filou différemment, de le remettre à sa place de chien et de ne pas lui donner le rôle de substitut. Au deuxième rendez-vous, Filou était métamorphosé. Nous sommes allés à la rencontre de congénères et il manifestait beaucoup moins d’agressivité. Nous avons travaillé sur son seuil de sensibilité, détourné son attention quand il commençait à se tendre et le féliciter dès qu’il manifestait un comportement positif. Véronique aussi commençait à faire son travail de deuil. Elle s’était inscrite à de nouvelles activités et reprenait peu à peu goût à la vie. Le comportementaliste intervient dans la relation du propriétaire à son animal. Je dirai que nous intervenons sur la « partie invisible », l’impact psychologique que l’humain peut avoir sur son animal. L’éducation est ensuite préconisée quand le chien a une relation équilibrée avec son propriétaire, quand il est capable de se concentrer pour apprendre de nouveaux comportements.